05.08.13

Eastern Great Blue - Sky Tree

In Tokyo, I am a Western girl in two different ways : as a European, and as a Shinagawa-ku resident. Meguro, Ebisu, Shibuya, Shinjuku, Den-en-chofu, Ookayama, Futago-Tamagawa, Jiyugaoka, Asagaya, Ogikubo, Eifukucho are my usual playgrounds. Tokyo East is as unfamiliar to me than Paris West. Ueno's gardens, Asakusa's pagodas, Akihabara's neon lights seem so far and foreign to me. But it is great sometimes to feel like a tourist in your own living place, and I had to pay a visit to Tokyo's new landmark, the well-known Sky Tree. Welcome to the Tokyo East Great Blue!

 

sky7

sky9

sky10

sky1

sky4

Time for grilled eel! So what, "it's not blue"?...

sky6

Summer is not over!

Posté par NoemiMonogatari à 13:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , , ,

04.08.13

"I see you" - Récit d'une opération Lasik à Tokyo

"J'ai des lunettes, j'ai des lunettes"

Depuis toute jeune, j'évolue dans un univers flou, cotonneux, ouaté, incitant à la rêverie : le Royaume de Myopie. Où il règne un sacré bazar, je vous prie de me croire.

En Terre Myope, toute idée de frontie a été abolie; les contours inexistants des choses les font adhérer avec leur environnement, comme une aquarelle diluée où les couleurs, seuls indices de l'individualité des objets, coaguleraient entre elles avec insistance. C'est un monde spongieux, caoutchouteux, recouvert d'une fourrure dense et mouvante. C'est un concon trompeur où la moindre lumière vacille comme une bougie.

La myopie est la grande maladie des personnes introverties et incertaines: l'oeil néglige de s'intéresser au lointain, et se fatigue à décrypter le tout près, terriblement anxieux de sa propre personne. C'est le fléau des grands lecteurs, des sédentaires, des intellectuels, des cérébraux repliés sur eux-même. La myopie vous plonge dans une râverie dubitative, vous porte à croire que l'ailleurs est indéchiffrable, qu'autrui est hermétique et incompréhensible. Qu'aucune réalité ne peut être appréhendée en dehors de soi-même. Et à force de plisser les yeux en vain, on en vient à s'en remettre systématiquement à son oeil intérieur.

Je me suis souvent demandé : même si les myopes étaient bien plus rares en ces temps reculés où localiser son dernier mouton à l'autre bout de la prairie était une activité plus courante que le matage de séries sur un écran PC, comment les quelques malchanceux tout de même frappés de floutage sévère faisaient-ils donc pour survivre ? La myopie devait être aussi handicapante qu'une patte folle ou qu'un pied bot. Tout le monde n'avait certainement pas les moyens de se faire faire des binocles approximatifs. Pour ma part, avec mon -7,5 aux deux yeux et mes traîne-misère d'ancêtres, si j'étais née à une époque moins confortable, je crains fort de n'avoir été absolument bonne à rien.

Je suis officiellement bigleuse depuis le CP, année durant laquelle j'ai reçu ma première paire de lunettes. Je m'en souviens encore : elles étaient fines, vertes et dorées, avec les lettres "ABCDE" en caractères fantaisistes à la jointure des verres, entre les deux yeux. On m'avait acheté un petit cordon assorti à passer derrière la tête pour éviter qu'elles ne se fracassent au sol à la moindre glissade de mon nez enfantin. Année après année, ma vue régressa et mes verres s'épaissirent jusqu'à ce qu'il faille les faire affiner, opération coûteuse qui trouait allègrement la mutuelle paternelle. Cela n'empêcha pas mes culs-de-bouteilles de dépasser un peu plus de ma monture chaque année. Adolescente, lassée de mon look d'intello et de lutter contre la buée qui m'aveuglait à chaque fois que, venue du froid, je montais dans un bus, je me mis aux lentilles de contact. Enfin, ma vue cessa de baisser et je pus un peu oublier, entre mes séances de lotionnage biquotidiennes, que j'étais myope comme une taupe. Mais toujours, du coucher au lever, je devais retourner à cet étrange Etat de Myopie, avec ses halos de lumière débordants et ses aplats de couleurs mélangées. Je devais jongler avec les lotions, les boiboites à lentilles, l'étui à lunettes de secours, les mains propres, les renouvellement d'ordonnances annuelles, les lentilles perdues, déchirées, contaminées, coincées sous la paupière, piquant les yeux certains matins, difficiles à enlever le soir... le réjouissant quotidien du myope.

Mais ça, c'était avant.

Au mépris du prix, je me décidai enfin à tenter l'opération des yeux au laser, ou Lasik de son petit nom. Et devinez quoi ? J'y vois ! Bon sang, j'y vois !

A tous ceux qui seraient tentés de renier leurs origines myopes et de devenir citoyen de la Netteté, je vous apporte mon témoignage. Et à tous ceux qui sont en exil au Japon, voici quelques informations précieuses.

J'ai subi l'opération de la myopie par traitement lasik à la clinique Kobe Kanagawa de Shinjuku, à Tokyo (à cinq minutes de la nishiguchi de la gare Shinjuku JR). J'ai choisi cette clinique parmi les nombreux centres lasik de la capitale car leur site internet, entièrement traduit en anglais, m'a permis d'économiser un temps de lecture précieux. De plus, un ami avait déjà fait le lasik là-bas et était très content du résultat. Par la suite, je fus ravie de constater que non seulement le site, mais toute la paperasse était également disponible en anglais aussi bien qu'en japonais, ce qui est pain-béni quand on parle de documents médicaux, techniques ou légaux. De plus, le personnel, très habitué aux patients étrangers, ne pique pas une suée de stress en voyant débarquer une blondinette et s'exprime dans un japonais courtois mais pas "confondant de politesse" - les japonisants comprendront de quoi je parle. Pour le reste, je suis bien incapable de comparer l'excellence du matériel ou le savoir-faire des chirurgiens, mais sachez que dans mon cas l'opération s'est parfaitement déroulée et qu'aucune retouche n'est envisagée. Par ailleurs, je bénéficie d'une garantie de cinq ans en cas de pépin à venir.

Il faut bien noter que si l"intervention est stupéfiante de rapidité, le suivi est primordial ; dans le prix total sont donc comprises quatre visites de contrôle : jour suivant, une semaine après, un mois après et trois mois après. En outre, des contrôles supplémentaires (toujours gratuits) sont possibles à la demande du patient. Les gouttes et autres médicaments sont gracieusement fournis pendant cinq ans.

En ce qui concerne les risques : beaucoup ont peur de perdre la vue à cause du laser, mais ce risque est infinitésimal... en cas de mégabug de la machine, ou d'équipe médicale complètement cuite, à la rigueur, mais à moins d'aller vous faire charcuter par des charlots complets, ce risque est inexistant. Le danger principal est de contracter une infection suite à l'opération; comme après toute chirurgie, des précautions sont à prendre pour éviter toute insertion de produits/poussière/bactéries jusqu'à la cicatrisation complète. Sport, maquillage etc sont à éviter pendant quelque temps. Ensuite, en cas de résultats pas immédiatement satisfaisants, il est possible qu'on doive procéder à des retouches; ce sont les examens préliminaires qui détermineront si les yeux sont capables de subir une éventuelle deuxième intervention, ou non. Dans le cas de la clinique que j'ai fréquentée, si l'oeil n'est apte qu'à recevoir une seule et unique intervention, alors le patient est carrément refusé. En effet, ce serait une agaçante perte de temps et d'argent que de se faire ainsi laserifier pour ensuite avoir toujours besoin de lunettes, vous avouerez. Autant ne pas friser le découvert bancaire pour rien.

L'odyssée de la vue retrouvée commence donc par ce rendez-vous pris par e-mail directement sur le site de la clinique, et par cette longue batterie de tests (environ deux heures) qui permettront de déterminer si vos prunelles sont opérables, et quel type de lasik vous conviendrait le mieux.

En effet, il existe plusieurs typs d'interventions et le prix varie selon leur degré de sophistication. Comme il fallait s'y attendre, votre taupinette préférée n'a pas pu s'en tenir au tarif de base car pour avoir un résultat parfait, le niveau "premium" était chaudement recommandé. J'ai donc soupiré une bonne fois et opté pour la qualité - mon compte en banque s'en remettra, et qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour ses beaux yeux!...

La façon de découper l'ouverture à la surface de l'oeil, pour faire place au rayon laser, fait aussi grandement varier les prix. La méthode traditionnelle, manuelle, effectuée grâce à une micro-lame répondant au doux nom de "kératome", est la moins chère mais aussi la plus contraignante; déjà, psychologiquement parlant... et puis la découpe manuelle est forcément moins nette, ce qui "chauffe" davantage l'oeil pendant la cicatrisation - en clair, ça fait plus mal. Les risques d'infection ou de déplacement de la petite peau soulevée sont également plus élevés. En tant que flipette assumée, j'ai préféré opter pour la méthode "tout laser" : un premier laser qui découpe le hublot par injection de toute petites bulles d'air, puis un deuxième pour corriger la vue. Nettement plus confortable psychologiquement, plus rapide, plus sûr, et moins douloureux après l'opération !

Résultat des courses : même avec la réduction grâce au "sponsoring" de mon ami ayant effectué le laser l'an passé, je me suis retrouvée avec une facture de 272 000 yen. Gloups. Mais qu'est-ce que l'argent face au bonheur d'y voir clair pour toujours (enfin, jusqu'à ce que la presbytie me rattrape) ? Et puis mes yeux, après tout, c'est ce que j'ai de mieux... Ils méritent bien que j'investisse un peu en leur faveur.

A propos de la douleur : alors franchement, vous pouvez y aller relax. L'opération en soi est complètement indolore, et même la gêne que je m'attendais à subir quand on vous "fixe" les paupières et les globes oculaires pour les maintenir en place n'était pas au rendez-vous. Moi, je n'ai vu que le produit qu'on me mettait dans les mirettes, ensuite, heu... je n'ai plus rien senti, ni vu que du flou liquide, jusqu'au joli phare orange et vert qui émettait des flashs. Les deux machines sont passées au dessus de ma tête sans que je fasse le moindre geste et une gentille infirmière m'a tenu la main tout du long pour m'éviter de stresser. Et ça n'a duré que 6 ou 7 minutes à tout casser, et encore, en comptant le dernier check d'identité à l'entrée du block et l'installation dans le fauteuil. En toute honnêteté, il y a beaucoup plus à redouter d'une épilation ou d'une visite chez le dentiste !

En me relevant du fauteuil, malgré l'effet de couleurs un peu passées (comme quand on porte des lentilles "beurrées"), j'ai tout de suite "vu" que j'y voyais clair. Je pouvais distinguer les visages du staff médical, alors qu'ils étaient flous en entrant sans lentilles ni lunettes, et je pus rentrer chez moi en train au lieu du taxi comme j'avais prévu, tellement j'y voyais correctement. En fait, j'ai trouvé les heures suivants la batterie d'examens préliminaires bien plus pénibles, car on m'avait mis des gouttes élargissant la pupille, et en ressortant sous le cagnard j'avais bien du mal a regarder devant moi tant tout me semblait éblouissant. Mais après le lasik, c'était on ne peut plus supportable de marcher dans la rue. Une fois rentrée à la maison, l'effet des liquides antidouleurs s'estompant, mes yeux se mirent à tirer un peu, et les larmes à couler toutes seules ; je me réfugiai donc dans la sieste recommandée, sans oublier de me mettre régulièrement les gouttes fournies. Dès le soir, je me sentais beaucoup plus à l'aise et ne pleurais déjà plus; seule subsistait une impression d'yeux fatigués. A la visite du lendemain, on me confirma que tout allait comme sur des roulettes. Et depuis... je n'en reviens toujours pas de constater comme une vie peut changer autant en quelques flashes !

Alors voilà : Adieux lentilles et lunettes, soucis à la plage, craintes à la piscine, verres solaires qui coûtent un bras et agenda booké de l'ophtalmologue sur six mois; j'y vois magnifiquement bien et compte bien en profiter à fond.

A tous les compatriotes franchement myopes qui commencent à en souper de la corrida des lentilles, je vous le confirme : la lasik, ça vaut le coup. Et pour les habitants de Jappyland, je peux vous sponsoriser si ça vous chante. Je dis ça, je dis rien...

6e3265bd251375dcbcb620dfd771b1d2

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 14:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,
13.07.13

Vers l'infini... et au-delà

Salutations, ô mes gens! J'ai l'honneur de vous annoncer que je romprai mon exil japinion dans une semaine, le temps d'un retour aux sources dans le Saint-Royaume (aka le Val-de-Marne, pour ceux qui suivent) pour une onctueuse dizaine de jours qui s'annoncent mémorables. Je compte notamment m'accorder une retraite sororale bien méritée avec Mlle ma soeur, la Dauphine, et je risque de disparaître du monde sans plus de cérémonie. Alors en avant pour une petite Chronique Princière estivale, car je me dois à mon peuple avant tout!

C'est avec encore des larmes de rire au coin des yeux que je me permets de vous recommander chaudement l'excellentissime blog de Mlle Sonyan, que vous trouverez ici. Ses articles pas piqués des hannetons sur notre cher "what-the-f*ck-land" qu'est l'archipel nippon sont à se rouler par terre tant ils tapent juste et sont bien écrits. La demoiselle parvient à nous tenir en haleine avec des galères diverses et variées que nous avons nous-mêmes vécues depuis que nous avons échoué sur les côtes japiresques, mais avec suffisamment de talent pour que même ceux qui soient restés dans la mère patrie s'y retrouvent, j'en suis sûre. Un grand merci à elle pour le bon temps que je prends régulièrement en la lisant, et puis c'est une question de protocole : j'ai découvert qu'un de ses onglets s'intitulait "A mes fidèles sujets", ce qui sous-entend qu'elle est également une princesse déchue incognito, et je me devais de la saluer selon son rang.

Du coup, paf, hommage.

SonyaninWTFlandHé oui, pas facile d'être au Japon un "starving giant", comme l'écrivait Lafcadio Hearn, mon héros entre tous et ma constante référence... et qui fait écho au mal-être de l'héroïne de Lewis Carroll, toujours disproportionnée par rapport à son environnement, justement choisie par Sonyan comme avatar. Ce syndrôme d'Alice, qui ne l'a pas ressenti en vivant au Japon? (d'ailleurs si vous fouillez bien dans mes posts de 2010, vous tomberez sur une série de photos sur le thème de Wonderland...) Se sentir comme un géant affamé, avec ses "émotions cosmiques", dixit le même Lafcadio, dans ce pays de "Liliputiens" ?... Naviguer entre délicatesse extrême et folie furieuse ?... Cent cinquante ans après Hearn, même combat. L'amour éperdu du Japon, ça se paye, mes amis.

Dans son dernier post, Sonyan conclut en disant que le karma est un sacré farceur, doté d'un certain sens du spectacle et d'un goût immodéré pour le suspense; et que par conséquent les solutions (même les plus empoisonnées) ont la fâcheuse tendance de pointer leur museau au tout dernier moment, quand il n'y a plus d'espoir. Il faut s'accrocher à son rêve avec les dents, contre toute raison, contre toute logique... car le dénouement survient de manière totalement irrationnel, mû par notre seul volonté et certainement pas par la logique des choses. Je ne peux qu'approuver car mon propre rêve japonais a été rendu possible par des évènements complètement dingo, aux antipodes du manuel du parfait petit expat qu'on nous ressert à toutes les sauces. De toute façon, je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas, les voies "normales" et "recommandées" ne marchent jamais. Fiasco garanti. Plus je rame, plus l'eau rentre; le bateau se retourne, je bois la tasse, je manque même de me noyer avant d'obtenir l'ombre d'un résultat probant. Alors qu'au contraire, quand je prends des risques ou relâche la bride, les choses me tombent toutes rôties dans la bouche - allez comprendre. Pourtant, stupidement, comme je suis l'exacte inverse d'une aventurière (*controle freak, bonjour*), j'ai toujours tendance à revenir timidement dans les sentiers battus en espérant que ça fonctionne, mais non, tôt ou tard je suis OBLIGEE de faire n'importe quoi et c'est là que les miracles arrivent.

Mais attention, je ne parle pas d'un n'importe quoi de pacotille, hein : je parle du GRAND n'importe quoi, celui qui donne des cernes, de la sueur et des crampes, quand même. Le n'importe quoi qui fatigue, on est d'accord.

Prendre des avis... pour les ignorer superbement

Le Japon, je suis tombée dedans avec l'arrivée de l'internet dans ma vie. Je suppose que l'adolescente complexée, peu stimulée par une vie de banlieue monotone et surtout par la médiocrité absolue de l'environnement scolaire que j'étais avait besoin d'un idéal. Longtemps, les romans et les films m'avaient servi d'échappatoire. Les chimères élaborées pour puis avec ma soeur m'avaient permis de survivre. Mais j'avais seize ans, je titillais l'âge adulte et il me fallait un idéal "un peu plus concrêt", si je puis dire. J'entendis un jour la chanson de générique de fin d'un anime passant à la télévision et la beauté de la langue japonaise me pourfendit. Je me jetai sur notre nouvelle connexion internet pour en savoir plus et je découvris un univers fantastique, mais bien réel, qui cumulait tous les plus fabuleux trésors : bambous, kimonos de soie, lanternes en papier, paille de riz, sabres et codes d'honneur, peluches et rose bonbon, perfection des gestes, éloge de l'ombre, érables rouge rubis, summum de la modernité et indéracinables archaïsmes. Moi qui m'étais toujours sentie comme une étrangère, je ressentie finalement le plaisir d'en être une; j'avais tout un monde à découvrir et cela était grisant.

Le Japon devint mon nouveau cap. La seule vraie destination. Pourtant, je remis à plus tard le projet de m'y rendre, intimidée par le coût du séjour, et accaparée par mes études littéraires en classe prépa, dont les exigences (enfin) comblèrent pour un temps ma fringale intellectuelle et sensorielle. Il fallut un second échec au concours de Normale Sup' pour que je me décide à finalement prendre mes désirs en main et à faire mon chemin jusqu'au Japon. A cette époque, j'intégrai une grande école de communication, et commençai à prendre des cours du soir de japonais, bien consciente de l'importance de maîtriser le japonais pour avoir la moindre chance de m'y installer un tant soit peu durablement. Puis je visitai enfin le Kanto en touriste avec ma flèche de frangine et ce voyage ne fit que redoubler ma motivation. Beaucoup de gens autour de moi étaient persuadés que j'allais revenir du Japon déçue, ou du moins calmée, mais bien au contraire. Il n'y avait donc plus qu'à trouver le moyen de travailler au Japon sitôt mon diplôme (français) en poche, car malgré mon royal pédigré - et croyez bien que je le regrette infiniement - figurez-vous que moi aussi je dois travailler pour croûter.

J'avais lu et subodoré suffisamment de choses sur le marché du travail Japon pour savoir que ce serait loin d'être simple. N'étant pas sortie d'une université japonaise, je ne pouvais en aucun cas prétendre à une version "internationale" du recrutement classique des nouveaux diplômés, et de toute manière, ledit recrutement exigeait qu'on soit sur place et disponible pour les myriades d'entretiens exigés. J'étais hors du système, occupée à bouclée mon Master en France et pas assez riche pour vivre sans salaire le temps d'une hasardeuse recherche d'emploi. Quant au recrutement par cabinets spécialisés, que ce soit pour le compte d'entreprises locales ou étrangères, le problème était le même : n'étant pas versée dans les sacro-saintes sciences de l'informatique et de la finance, mon profil généraliste n'allait pas convaincre à moins d'une expérience longue comme le bras. En effet, les candidats recherchés devaient avoir une connaissance solide de l'industrie concernée, et je n'allais impressionner personne avec mes stages et mes jobs étudiants. Néanmoins, décidée à jouer toutes mes cartes chances, je fis de mon mieux pour essayer de me bâtir un réseau, jeu auquel je suis une nullité absolue car je n'ai pas le profil, ou l'attitude, qui attire les gens "in". Entendons-nous bien : je m'attire constamment des gens passionants, j'ai des amis et des connaissances absolument formidables, mais par extraordinaire ce ne sont jamais des requins de la finance ou des well-connected people. Moi, j'ai le feeling avec les gens cool, qui sont bien souvent aussi largués que moi sur le plan de la carrière, et qui accomplissent des choses miraculeuses par eux mêmes, à la force de leurs petits doigts : des aventuriers, des poètes, des idéalistes, des visionnaires... voilà les gens qui généralement, m'aiment bien. En revanche, je suis le plus souvent cordialement méprisée par les winners de la modern society : les gens qui bossent là où il y a du fric, et donc un minimum d'emploi. Pour résumer, j'ai cette faculté à développer un super réseau de gens beaux rayonnants, et totalement inutiles sur le plan du piston. Que ce soit bien clair : je n'échangerai mes inspirants amis contre rien au monde, et surtout pas contre un insupportable nuage d'expats ou de de fashionistas imbus d'eux-mêmes et rayant le parquet de leurs incisives. Mais à l'époque, j'étais jeune, et j'essayais encore de faire comme on dit dans les livres du parfait petit Rastignac.

Je tentai donc vainement de me faire un réseau en approchant par amis d'amis interposés des personnes bien placées dans les branches japonaises de certaines grandes entreprises françaises, histoire de voir si je pouvais placer un petit CV. Le profil type du mec-ayant-réussi-sa-carrière-au-Japon était le suivant : homme (bien sûr), d'une quarantaine d'année, issu d'une grande école ou d'un programme scientifique prestigieux, marié avec une japonaise et rentrant à Noël passer des vacances parisiennes avec sa petite famille. J'en rencontrai une bonne brochette et tous me tinrent à peu près ce langage :

Il était absolument inutile pour moi de partir au Japon en l'état actuel des choses, à moins d'accepter de vivre d'heures de cours de français éparses et de petits boulots, étranglée par un loyer forcément exorbitant même pour un clapier à lapins, et cela le temps d'un visa vacances-travail qui ne ferait pas long feu. Et même si j'étais prête à affronter la précarité pour réaliser mon rêve nippon, ils ne me le conseillaient pas, car le retour en France serait alors bien dur avec ce CV incohérent. Non, ce qu'il fallait faire, c'était comme eux : se faire embaucher par une grande entreprise française bien implantée au Japon, y mener ma carrière pendant une bonne dizaine d'années, monter en grade jusqu'à un poste de représentation et finalement me faire envoyer au Japon en tant qu'expat. En attendant, je pourrais toujours y aller pour les vacances et peaufiner mon japonais. Voilà la seule voie qui s'offrait à moi.

Je reçus ce discours maintes fois en me retenant de ne pas planter ma fourchette à dessert dans l'oeil de mon interlocuteur. Pourquoi tant de haine ? Hé bien d'abord, parce que c'est bien une réponse de mec, tiens. Désolée de sortir ma banderole, mais il y a quelque chose d'odieux dans le fait de s'imaginer que naturellement, à 35 ans, on sera en mesure de déplacer son couple voire sa progéniture à l'autre bout du monde et que tout le monde sera ravi et enthousiaste. Naturellement, je ne dis pas que c'est impossible pour une femme d'initier un tel mouvement familial, et un grand bravo aux championnes qui y parviennent, mais disons que ça tombe beaucoup moins sous le sens quand on porte la jupe. Mais cela encore ce n'est rien : le plus aberrant, c'est qu'il y ait encore des gens en ce monde qui s'imaginent qu'on entre comme ça dans une grande entreprise française et qu'on peut très bien y planifier une longue carrière... Ouvrent-ils le journal de temps en temps ? Les chiffres du chômage, ça leur dit quelque chose ? La mort du CDI, la course de fin de CDD, sont-ce des concepts dont on parle si peu que ça ne soit jamais parvenu à leurs oreilles ? On croit rêver, vous en conviendrez ! Et puis cette condescendance à ne parler que de leur propre vision des choses, sans essayer une seconde de se demander en quoi ils pourraient éventuellement vous être utiles. Croyez-le ou non, mais pas un seul de ces beaux messieurs ne m'a jamais proposé ne serait-ce que de prendre mon CV, au cas où. Et moi je n'ai pas insisté, comprenant que nous ne serions jamais faits du même bois et que ma vérité était ailleurs. Car moi, j'avais bien l'intention d'aller voir le monde précisément maintenant, alors que j'étais jeune, libre et sans autre responsabilité que de m'occuper de moi-même - et tant pis la cohérence de mon CV. De toute façon, si les beaux CV garantissaient un bon job de nos jours, ça se saurait.

J'ai donc décidé de n'en faire qu'à ma tête, pour changer.

Je m'inscrivis à tous les programmes possibles et imaginables qui ouvraient des portes sur le Japon ; toutes les bourses, toutes les fondations, toutes les associations. J'envisageai de partir en tant que monitrice de séjours linguistiques, qu'étudiante-chercheuse, que jeune fille au pair. Je montai des dossiers divers et variés, contactai le Rotary Club, candidatai à la bourse LVMH bref, me débattis dans la semoule comme un beau diable. La plupart des  programmes auxquels je postulais trouvèrent de meilleurs candidats, mais je connus tout de même certains succès, notamment en étant sélectionnée pour représenter la France lors du "Study Tour in Japan for European Youth" financé par le Ministère des Affaires Etrangères japonais : presque deux semaines à naviguer entre Tokyo, Kyoto et Hiroshima avec des concitoyens européens, tous avides de découvrir l'archipel, à visiter des entreprises, à participer à une cérémonie du thé, à tenter l'ikebana, à s'itinier aux percussions taiko, à se prélasser au onsen, à passer du temps dans une famille d'accueil, à voir, goûter et sentir toutes les merveilles locales - et cela, tous frais payés, si si.

(Par ailleurs, je dois ici préciser que cet idyllique séjour tombant pendant l'année scolaire, il m'avait fallu négocier mon absence avec la plus haute autorité de mon école, car ce genre de désertion en première année de Master était punie de châtiment suprême ; je dus donc défendre ardemment l'honneur qui m'était fait d'avoir été retenue pour ce programme, et on finit par m'accorder une permission exceptionnelle, de justesse, uniquement par la grâce du soutien ardent d'un de mes professeurs (qu'il me soit permis ici de le saluer bien bas) qui était devenu fan d'une nouvelle que j'avais écrite l'an précédent, dans le cadre d'un concours interne - comme quoi, n'y croyez jamais quand on vous dit que la littérature, de nos jours, ça ne mène nulle part : FAUX, comme dirait Norman!! Veuillez me croire, la littérature mène très loin, et même jusqu'au Japon ! Car ce Study Tour ne fut pas seulement l'occasion d'un séjour mirifique; il fut aussi l'insoupçonné tremplin vers mon installation à long terme...)

Têtue comme une mule, telle est ma devise

Presque un an après le Study Tour, je galèrai sévèrement avec mes châteaux au Japon. Je venais de finir un stage chez Sony France, où malheureusement les passerelles s'étaient révélées totalement inexistantes avec le siège nippon, tant la structure du groupe est verrouillée par région; et je me retrouvai donc au point mort. Une piste chez Bosch Japan venait de se refermer sur moi après plusieurs semaines de procédure stressante et j'avais le moral en berne. D'ici quelques mois s'achèverait ma dernière année de Master et il faudrait bien trouver de quoi se substanter, mes parents n'ayant pas une vocation de vache à lait ad vitam eternam. J'étais plutôt mal barrée.

C'est à ce moment critique qu'un e-mail me parvint d'un des participants au fameux Study Tour, nous informant que la Commission Européenne organisait une formation professionnelle de haut vol permettant aux entreprises nourrissants des projets pour le Japon de former un de leurs salariés afin d'un faire un spécialiste de ce marché ô combien particulier et difficile d'accès. Une bourse de 2000 euros par mois serait attribuée aux heureux élus pendant un an, dont neuf mois au Japon, à bosser dur le japonais des affaires et à s'initier à tous les aspects de la vie économique locale : systèmes de production, distribution, marketing, finance, etc. Le tout dans une prestigieuse université du doux nom de Waseda (cela fera sourire les fans de Sonyan, mais si, cette fac sert vraiment à quelque chose je vous assure), avec des Européens sympathiques (encore, décidément) et des intervenants de tous horizons qui nous raconteraient par le menu leurs galères au Japon. Sans compter que ce programme ne durait en soi qu'un an (ce qui n'est déjà pas mal) mais que le visa obtenu par son biais était un magnifique visa de travail de trois ans, soit le Graal pour bien des japophiles, car beaucoup d'entreprises exigent une permission de travail de leurs jeunes recrues, plutôt que de se fatiguer à les sponsoriser. Cela m'ouvrait des horizons considérables. Que demande le peuple.

Autant dire que ce programme était fait pour moi. Naturellement, comme tout pain béni a son revers de médaille, on était jeudi soir et la deadline pour envoyer son copieux dossier de candidature à la chambre de Commerce et d'Industrie de Paris faisant le lien avec Bruxelles était fixée au lundi midi. Au cas où vous demanderiez par quel étrange miracle une chasseuse de bon plans japonais comme moi pouvait ignorer l'existence d'un tel programme, je vous dirai : je suis bien d'accord avec vous, c'est proprement hallucinant. Le degré moins cinquante de la communication. Je ne vais pas casser du sucre sur le dos d'une institution à qui je dois tant mais tout de même, quand on fournit généreusement des opportunités pareilles, pourquoi ne pas le faire massivement savoir?... Je reste perplexe. En tout cas, je n'avais pas de temps à perdre (en plus, c'était vendredi et j'avais cours. Hé oui.) : je contactais immédiatement mon ancien maître de stage, un consultant expert en amélioration de la productivité grâce à diverses méthodes japonaises connues sous le nom de Kaizen, "l'amélioration continue". Je continuais à travailler ponctuellement pour lui selon les besoins de sa boîte, ce qui me permettait de m'octroyer le pompeux titre de "free-lance". Je lui expliquai la situation et il comprit immédiatement l'enjeu, m'assurant de son soutien plein et entier. C'est ainsi que je me retrouvai subitement en charge du développement des partenariats au Japon - il n'y avait plus qu'à rendre le tout cohérent et excitant pour le dossier. Mais broder, ça pas de problème : je sais faire.

(J'ouvre une autre parenthèse car je pense que c'est important pour le eye-of-the-tiger-spirit : ce premier stage dans un tout petit cabinet de consulting, on me l'avait déconseillé. Le marché du travail étant bien rude, les communiquants de tout poil ont plutôt intérêt, paraît-il, à se construire le plus tôt possible des CVs en béton armé, avec des noms d'employeurs qui flashent, soit chez la marque de prestige soit chez de grandes enseignes de la communication. Mais je n'avais rien trouvé parmi les boîtes japonaises ou japonaisantes un tant soit peu connues à ce stade, et le seul stage un peu en rapport avec le Japon, parce qu'on y parlait Kaizen, Toyota et Valeo, c'était chez ce consultant qui construisait vaillamment sa marque. Alors encore une fois, certes, directement, ce stage ne m'a pas apporté grand-chose... ce n'est pas la ligne la plus fulgurante sur mon CV. Mais indirectement, hé bien, je luis dois quasiment la vie. Comme quoi, l'entêtement, ça paye.)

Je vous passe les détails sur la façon folklorique dont j'ai passé mon week-end, à monter tout un projet de développement business au Japon pour une micro-boîte de services justement made-in-Japan, en consultant "le business plan pour les nuls" sur le web pour réaliser mes premières projections comptables - oui parce qu'en communication, on apprend à bien dépenser l'argent mais trop comment le gagner, voyez-vous. Et puis des essais de motivation, et puis des tests de japonais. Mes parents ne m'ont pas vue du week-end, et quand il entrouvraient la porte, ils tombaient sur une créature hâve et frénatique noyée sous sa première balance des paiements.

Malgré le côté MacGyver de l'opération, j'ai dû plutôt bien tirer mon épingle du jeu car j'ai été recontactée pour préciser certains points de mon business plan, puis mon dossier de candidature a été validée et j'ai été reçue en entretien à Bruxelles pour la deuxième étape. Dans le beau bâtiment rond serti de drapeaux que l'on voit à la télévision quand on se plaint de l'Europe, vous savez. Après des "tersts de personnalités" informatisés assez déconcertants - les résultats n'ayant jamais été communiqués, je suis bien incapable de vous dire si j'y ai brillé ou pas - je fus donc conviée à défendre mon bout de steak devant un jury de six personnes : deux fonctionnaires européens en charge du programme, deux membres de Science-Po Paris qui chapeautait le module européen avant la formation au Japon, et deux Japonais mandatés par Waseda. Il était clair, au vue des individus qui faisaient le pied de grue dans la salle d'attente, que je faisais partie des candidats les plus jeunes et les plus inexpérimentés, et ma seule chance de décrocher une place était de tout miser sur ma grande motivation. Aussi, bien que mon japonais d'alors était bien en dessous de ce qu'il faut maîtriser pour assurer un minimum lors d'un entretien,à la japonaise, je proposais d'emblée, à peine assise, de m'exprimer dans la langue. Je dois dire que je n'avais pas vraiment planifié d'y aller comme ça, au culot; l'entretien était censé se dérouler en anglais et d'ailleurs, les cours de langue intensifs étant précisément là pour nous mettre au niveau, les compétences en japonais n'étaient pas vraiment décisives. Mais en l'occurence, mon instinct de survie (de compète, il faut bien l'avouer) m'enjoignait d'agiter le chiffon rouge pour empêcher que la discussion prenne une voie peu en ma faveur, c'est à dire dans la direction de l'expérience professionnelle et de la cohérence du CV. Je pris donc mon courage à deux mains et m'engageai laborieusement dans la discussion. Les deux wasediens, en bons Japonais, subirent patiemment mon broken Japanese et me questionnèrent avec douceur; par conséquent, le reste de la tablée, pas très versés dans la langue de mishima, eurent l'impression que je parlais vraiment couramment la langue et je fus ramenée à l'anglais dix minutes plus tard par une phrase légèrement vexée, mais qui prouvait que j'avais fait mouche : "Si ça ne vous dérange pas, comme on n'est pas tous bilingues en japoanis ici, on va repasser à l'anglais...".

Bingo. Tout le monde en oublia mes jeunes années et mon projet farfelu; il ne fut plus question que de moi, de mon étude du japonais et de ma motivation. Quelques semaines plus tard, je reçus la jolie lettre m'annonçant que j'avais été prise. Ce programme me permit d'obtenir un visa, d'assurer ma susbsistance pendant un an tout en bossant à fond mon japonais, et d'être sur le terrain pour trouver un job une fois fini. C'est grâce à lui que j'ai pu réaliser mon rêve et mener une vie proche de ce que j'avais imaginé depuis les profondeurs de ma banlieue natale. Alors oui, il faut s'accrocher férocement à ses ambitions, et se débattre jusqu'à la dernière seconde et là encore, trouver le moyen de se débattre encore, car les horizons s'éclaircissent de manière inattendue. Il n'est jamais vain de se donner du mal.

Et quand il est question du Japon, de toute façon on n'a pas bien le choix...

Bon courage et grandes tapes dans le dos à tous les mordus de Jappyland, qui ne reculeront devant rien pour faire leur trou, ni les kanji en pagaille, ni le japocentrisme aïgu, ni le foutage de gueule ordinaire, ni les douches froides sous couvert de courbettes; soyez vaillants, ne décrochez pas, et surtout n'en faites jamais qu'à votre tête. Conseil d'amie.

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 06:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
12.07.13

True Love Kiss

himeburn2My second single with the Japanese label Pretty Pop Music! I hope you will like my lyrics and voice! Music and edition by Ken K.

True Love Kiss is about modern princesses...


Deuxième participation au label jappynou Pretty Pop Music ! Les paroles et la voix sont de moi, la musique et les arrangements de Ken K.

Découvrez les affres de l'existence pour nous autres les princesses modernes...

 

 

LISTEN HERE - PAR ICI !

Posté par NoemiMonogatari à 05:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
05.07.13

La menace fantôme

Bien chers sujets, bonjour !

La chaleur qui nous avait jusque là épargnés est en train de gagner du terrain, et il semble qu’une fois de plus, votre royale servante soit destinée à se liquéfier dans la touffeur estivale japonaise avant longtemps. Naturellement, décorum oblige, je vais être obligée de m’évanouir pour faire bonne figure. Le public est déçu quand la princesse ne s’évanouit pas.

Mais tant qu’il me reste encore un peu de sang bleu dans les veines, je tenais à vous faire part de quelques réflexions spontanées nées de mon existence tumultueuse à Jappyland. Et c'est parti pour une Chronique Princière en bonne et due forme !

keep-calm-im-queen

Lorsqu’on débarque au Japon pour la première fois de sa vie, une fois séchées les larmes d’émotion en constatant que les minijupes, les kit-kat aux mille parfums et les prix des fruits au supermarché ne sont pas des mythes, on est en mesure de reprendre ses esprits et de regarder curieusement autour de soi. On devient critique. On se met à médire sur les crieurs de rue perchés sur des tabourets qui vous explosent les tympants en hurlant les promotions du jour. On s'insurge contre la lenteur, la froideur, la bêtise locales. On questionne les petits détails, les petites absurdités. Et c’est là qu’on se dit, comme ça, en passant : ça alors, ce pays est vraiment le royaume de la poche en plastique.

Il faut voir comme tout est emballé et suremballé. Les fruits, notamment, sont traités au supermarché comme de véritables pierres précieuses, l’aspect périssable en plus. Il faut dire qu’ils valent leur pesant d’or, mais là n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’emballage. Les écrins délicats qui enserrent les pommes, les poires, les pêches et les cerises. Les pochettes dont on enrobe le frais avant de le déposer dans un second sac en plastique. Les petites boîtes dans les grandes boîtes. Les sachets individuels. Les sachets fraîcheur. Les sachets de protection. Les sachets pour faire joli. Les longues douilles à parapluie à l’entrée des magasins pour éviter d’éclabousser à l’intérieur. Les imperméables de secours transparents qu’on achète à cent yen les jours de pluie. Le plastique, c’est la seconde peau du Japon.

Il faut dire que la société actuelle est tributaire d’une ancestrale tradition de l’emballage magique, sans bouton ni agrafe, tenu miraculeusement par le jeu des replis du papier ou du tissu. L’origami, l’art du papier plié, est toujours en activité au Japon, de même que l’usage des furoshiki, ces carrés de tissu qui font baluchons, sac à main ou récipient de casse-croûte selon le besoin. Et on ne parle même pas des kimono et yukata qui tiennent bien droit sur le corps des femmes grâce à l’intervention de l’emballage divin.

Sans surprise, avec la société de consommation, le papier de riz et les tissus peints ont cédé le pas à leurs homologues issus du pétrole, et les Tokyoïtes croulent sous les sacs plastiques qui s’entassent ostensiblement à la maison. On a beau emporter avec soi son propre sac de courses, on n’arrive jamais à y échapper totalement : première couche, deuxième couche, troisième couche de plastique. On tente de se rassurer sur l’impact écologique du phénomène en se disant qu’à première vue, le Japon trie ses ordures et recycle ce qu’il y a à recycler. Enfin, on espère, parce que nous avons en tout six poubelles différentes dans la cuisine et qu’il serait un peu vexant que cela soit seulement pour la forme.

Bref ; emballer la nourriture et les cadeaux, c’est une petite attention qui fait soigné, une façon de montrer qu’on a voulu que le produit parvienne à son destinataire en donnant le meilleur de lui-même. Sur-emballer, c’est un signe de respect.

Et puis, il faut bien dire que le Japon se situe au paroxysme de l’hygiénisme. Plus maniaque du détergent, y’a pas. Plus anxieux de la bactérie, tu meurs. On est au pays du masque, des gants, de l’uniforme règlementaire. Il ne faut pas que les choses se touchent, que la souillure contamine le peloton. Un certain nombre de Japonaises de ma connaissance bondissent d’horreur à l’idée de laver leurs chaussettes avec le reste du linge ; hérésie que voilà. Elles s’évanouiraient également derechef si elles subodoraient que je me lave les cheveux seulement tous les deux jours (en été); oui, les Nippones cautionnent totalement l’adage nabilien selon lequel « allô, t’es une fille t’as pas de shampoing ». On ne vous apprendra rien non plus sur les chaussons spécial toilettes et sur les WC automatiques ou il suffit d’approcher la main du capteur pour déclencher la chasse, nous évitant ainsi de tripatouiller quoi que ce soit aux alentours. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que la poche plastique règne en maîtresse ; on n’a pas trouvé mieux pour protéger la valeur japonaise numéro un : l’hermétisme.

Et pourtant, et pourtant.

En parallèle de la débauche de protection à tout va, il existe un domaine dans lequel les Japonais font montre d’un j’m’en-foutisme vraiment crasse : la gaudriole. Le contraste est tel que notre royale personne n’est pas loin de croire qu’ils se payent notre trognon bien comme il faut, avec leur maniaquerie quotidienne.

Je suis assez abasourdie de constater que dans le seul contexte où le recours à la protection étanche devient vital, voilà qu’il n’y a plus personne. Le préservatif, grand absent de la gamme démentielle de ses congénères les emballages transparents au Japon.

C’est étonnant combien une société qui prêche autant la netteté et le non-échange des fluides peut être à ce point sourde et aveugle à la nécessité pourtant largement comprise par le monde industrialisé de se protéger pendant l’acte sexuel. Attention, je ne dis pas que nous autres les Hapsbourg et consort sommes irréprochables en la matière ; malheureusement, le sida et autres joyeusetés progressent toujours dans nos contrées et je ne nous en félicite pas. Mais tout de même, j’ai l’heur de croire que malgré nos négligences et nos irresponsabilités chroniques, nous admettons tout de même que les MST sont une menace réelle. Et qu’on est censés s’en prémunir. Et que cela n’a pas ou plus grand-chose à voir avec les mœurs sexuelles. Qu’une seule et fatale fois suffit pour vous saborder. Que la protection et la contraception, ce n’est pas que l’affaire des autres. Mais au Japon, pour des raisons obscures, pas grand monde ne se sent concerné.

Et pourtant, le préservatif n’est pas un à proprement parler un OVNI (Objet Vital Nipponement Ignoré) dans l’archipel. Sans même se référer aux boutiques spécialisées en accessoires coquins, on en trouve presque toujours dans les combini, ces magasins ouverts 24h sur vingt-quatre et qui bourgeonnent à chaque coin de rue ; il y en a des gratuits dans les love-hotel et au comptoir de nombreuses boîtes de nuit. Non, si le préservatif n’a pas le vent en poupe, c’est qu’il est boudé par les Japonais, tout simplement, qui ont décidé d’ignorer superbement les risques liés non seulement à la propagation des MST, mais aussi aux grossesses non désirées. Car en plus, le non-recours au préservatif s’accompagne d’un mépris total pour la pilule contraceptive et autres anneaux ou implants. Histoire de joindre l’absurde à l’inconscience.

 Vous admettrez que c’est un peu curieux pour une société qui vous serine d’une voix pressante et enregistrée que « attention, vous posez le pied sur un escalator, ceci est un acte TRES DANGEREUX ».

Malgré l’omniprésence du sexe dans la vie japonaise – je ne parle bien évidemment pas de la vie de couple, malheureux! Que vous êtes naïf. Le couple marié est peut-être là où les Japonais font le moins de galipettes... -, mais de l’incroyable éventail des services sexuels tarifés, du plus innocent au plus pervers, qui font du Japon le top du top en matière d’offre dans le secteur – on ne peut pas dire que les Japonais assument énormément leur libido. Comme dans certaines sociétés bien moins modernes et libres, beaucoup de Nippons estiment que le préservatif et la pilule sont des accessoires réservés aux personnes multipliant les aventures dans des contextes jugés « à risque » : communauté gay, milieux étrangers, monde de la nuit et de la prostitution (et encore, pas sûr que les professionnels soient plus consciencieux que les autres). Demander à son partenaire d’utiliser un préservatif est donc foncièrement insultant : cela revient soit à avouer qu’on couche à droite et à gauche, soit que son partenaire a une tête à faire de même. C’est induire que son amant ou amante serait « sale ». Et donc, on n’en parle pas.

J’insiste, mais vous noterez que nos amis les Japinois se préoccupent donc davantage de la fraîcheur de leur dernier shampoing que de protéger leur vie et celle de leur partenaire. Question de priorité.

imagess

Cheveu sale =  scandale ; MST = pas concernés

Naturellement, dans le lot, il existe tout de même quelques individus qui relèvent le niveau et qui se conduisent en adultes responsables. Mais après petit tour d’horizon des CV sexuels de mon entourage (ici je me confonds en excuses auprès des intéressés qui ignoraient que leurs confidences allaient faire l’objet d’une enquête statistique) : c’est loin d’être la majorité. Et quand, le sourcil scandalisé, nous mettons un point d’honneur à les fustiger pour leur manque de jugeote, les manants n’ont même pas l’élégance d’être soulagés ou reconnaissants qu’on ait brisé les tabous autour d’un sujet crucial. Non non, ça les gonfle.

L’argument avancé par ces bougres de têtes à claques est que les MST sont infiniment peu fréquentes au Japon, du moins en ce qui concerne les gens « normaux ».

652729

(Définir « normal ». Pas facile.)

Comme il est très difficile d’obtenir des statistiques sur un sujet dont personne ne parle, je me contenterai de faire remarquer que le nombre de petits temples shinto dédiés à la protection des visiteurs contre la syphilis et autres fantaisies charmantes semble témoigner du contraire. Je dis ça, je ne dis rien.

De plus, fermer les yeux sur la propagation des MST ne permet pas de faire l’impasse sur celui des grossesses impromptues et du cortège d’IVG qui en résulte. Si l’humble bien que princière auteur de cet article défend sans ambigüité le droit des femmes à disposer de leur corps, il lui semble tout de même assez violent qu’à l’ère bénie où nous vivons sur le plan de l’offre contraceptive, l’avortement soit le seul horizon des femmes sexuellement actives. A quoi bon, j’ai envie de dire.

Alors diantre, que diable peut-il bien se passer dans la tête d’un adepte du déchaussage systématique pour ne pas souiller de la saleté extérieure la propreté immaculée du dedans, dans la caboche d’un accro au gel antiseptique, dans le crâne d’un défendeur des systèmes automatiques permettant de ne jamais rentrer en contact direct avec RIEN, lorsqu’il fait fi de la raison la plus commune en décidant de coucher sans protection ? ... (que celui qui n’a pas pensé au petit singe à cymbales gigotant dans la tête d’Homer Simpson me jette la première pierre)

Permettez que je partage ici avec vous mes suppositions.

D’après moi, en tout premier lieu, on assiste ici à un magnifique cas de fatalisme aigu. 

De même que de manger du poisson fugu, qui secrète un poison mortel, induit le risque de trépasser fissa au cas où le Chef se serait loupé à la préparation du plat, hé bien pour les Japonais, le sexe est une activité qui comporte certains risques, comme celui de contracter une MST ou de se retrouver prématurément avec un enfant à élever. Si on n’en supporte pas le revers de la médaille, mieux vaut se consacrer à l’art floral ou au macramé. Une vision totalement à l’opposé de notre credo occidental qui veut que nous nous rendions maîtres de notre vie, même dans ses aspects les plus incontrôlables. Le clash des illusions, premier volet.

En second lieu, nous observons là un superbe trait du mindset japonais : la propension à ne pas du tout gérer les menaces fantômes. Les maladies, la radioactivité, les drames familiaux commis dans l’ombre des maisons fermées : tout ce qui ne se voit pas, qui agit insidieusement, sans éclater au grand jour, et qu’on recouvre amoureusement du voile sacré de la « vie privée ». Nous voilà bien avancés.

 

Un masque la journée, car on craint la poussière

Son cortège de saletés qui flottent dans l'air ;

On se prémunit contre les rougeurs de pif

Mais le soir on se passe de préservatif.

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 10:42 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

30.06.13

Sunday in Yokohama

Living in Tokyo is far better than many people think : no, there is not only concrete and glass everywhere around; yes, Tokyo is full of trees, parks, garden, and even woods. No, the whole city is not noisy with roaring cars and crying trains ; business districts apart, many residential areas are so silent that you wonder if you are really in one of the busiest megapole of the world. You can perfectly find peace and green in Tokyo. What you can't find is space.

You know: space. No building in the skyline. Distant walls and roofs. Room for your look at your left, at your right. No shadow between you and the sky. Space.

When you need space, take the Toyoko line for 25 minutes in the direction of Yokohama, the most "opened" city of the country - spiritually, and physically. Breath. Refresh. Rest you eyes watching far, very far in front of you.

Invitation to the Voyage

My child, my sister,
Think of the rapture
Of living together there!
Of loving at will,
Of loving till death,
In the land that is like you!

The misty sunlight
Of those cloudy skies
Has for my spirit the charms,
So mysterious,
Of your treacherous eyes,
Shining brightly through their tears.

 

Y9

The oriental splendor,
All would whisper there
Secretly to the soul
In its soft, native language.

Y2Y1Y3

See on the canals
Those vessels sleeping.
Their mood is adventurous;
It's to satisfy
Your slightest desire
That they come from the ends of the earth.

 

Y11

The setting suns
Adorn the fields,
The canals, the whole city,
With hyacinth and gold;
The world falls asleep
In a warm glow of light.

Y10

There all is order and beauty,
Luxury, peace, and pleasure.

 

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Charles Baudelaire)

 

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 16:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,
24.06.13

La Déception Culturelle Française

L’Exception La Déception Culturelle Française

 

Fidèle sujets, je dois vous faire part de l'horrible vérité. J'ai failli à ma mission. je vous ai déshonorés. Il est temps de faire face à la dure réalité : je suis une déception permanente pour le peuple nippon.

Je crois bien que de tous les pays du monde, la France est celui dont les Japonais ont globalement l’idée la plus faussement précise, la plus savamment erronée. Il faut dire que le Nippon moyen manifeste une forte tendance à se complaire dans les généralités ethnico-culturelles, et il en résulte un amour alarmant des stéréotypes nationaux ; aussi, une Française digne de ce nom doit aimer la mode, avoir un brevet d’œnologie, citer Sartre dans le texte, passer son temps en vacances à peindre des vues de la Seine en fredonnant des airs de Piaf et manger exclusivement des sucreries. J’exagère à peine. Il est bien connu que la France est un pays de cocagne où le foie-gras pousse sur les arbres et où les autochtones ne se posent en aucun cas la question de la survie ; voilà pourquoi nous autres, créatures hexagonales, travaillons très peu – et encore, on travaille à coudre des robes du soir, jouer de l’accordéon et confectionner des gâteaux. Les gens qui vivent au pays de la Belle au Bois Dormant n’ont pas besoin d’ingénieurs, de dentistes ou de techniciens de surface. Tout cela est admirable. Vive le pays des vacances éternelles où on ne fait qu’assortir ses ballerines à son chapeau et parler peinture et philosophie. L’Art de vivre à la française, quoi.

Seulement voilà : malheureusement, la réalité est bien en dessous de la promesse marketing. Ils attendaient Chanel et Zidane, et voilà que je ne m’intéresse ni à la haute-couture, ni au foot. Ils voulaient une spécialiste es vins et fromageologie, et ils se retrouvent avec une petite capricieuse qui roule en tout et pour tout sur deux blancs et cinq fromages, ignorant superbement le reste de la carte. Imaginez leur désarroi.

Je ne compte plus les moments où j’ai vu la paupière de mon interlocuteur japonais s’affaisser de dépit, et se dessiner sur ses lèvres une petite moue dubitative et insatisfaite.

Pardon, mais non, vraiment, je ne bois pas de café. Non, jamais. En fait, je préfère le thé. Je prendrai un thé japonais, oui. Si, si, je vous assure. Non, c’est promis, ce n’est pas pour vous faire plaisir, c’est vraiment ce que j’ai envie de boire. Oui, je sais, c’est bizarre pour une Française.

Je suis vraiment confuse, mais j’ignore complètement, même à la dizaine, même à la centaine près, combien d’œuvres renferme le Musée du Louvre. Cela dit, je peux regarder sur Google de suite, hein. Si, j’y suis déjà allée, bien sûr. Une fois avec l’école, une fois avec mes parents, une fois parce que la nocturne était gratuite pour les étudiants, une fois pour accompagner un ami japonais… Non, non, je n’y suis pas tous les week-ends. Hé bien parce que j’ai autre chose à faire, ma foi. Si si, j’aime bien les musées, mais pas au point d’y passer vie, vous comprenez. Bon, si vous voulez, c’est peut-être bizarre pour une Française.

Je serais bien en peine de vous dire le prix moyen d’un sac Vuitton à Paris, car je n’ai jamais mis les pieds dans leur boutique. Non, je ne possède aucun article Vuitton. Ni Dior. Ni Chanel. Ni Hermes. Bah, vous savez, ce n’est pas donné-donné, hein. Ce que je porte aujourd’hui ? Vous allez rire, ça vient de chez Uniqlo. Oui, j’achète souvent chez eux. Mais parce que c’est plus dans mon budget, c’est tout. Attendez, bien sûr, mais on ne peut pas comparer, ce n’est pas comme si j’avais le choix entre les deux. Ce sac ? Il m’a coûté trois mille yen. D’accord, si vous y tenez : c’est quand même un peu bizarre pour une Française.

Je vais prendre le wa-shoku, s’il vous plaît. Non, le repas européen ne me dit rien. Si si, j’adore le pain bien évidemment, mais en l’occurrence, le repas japonais me semble meilleur. Non, mais là j’ai seulement envie de manger japonais, voilà c’est tout. Bon, et bien puisque vous insistez : le menu soi-disant occidental que vous avez commandé, il a l’air tout pourri. La portion de viande est microscopique, le maïs flashe tellement qu’il en fait mal aux yeux, le pain est industriel, et pour l’amour du ciel, une génoise couronnée de crème de mauvaise qualité ne constitue pas une pâtisserie. Vous êtes content maintenant, de savoir que vous vous êtes fait rouler ? Je peux savourer ma soupe miso tranquillement ? Oui, c’est ça, je suis très très trrrrès bizarre pour une Française !!

 

Il est clair que je ne suis pas à la hauteur de la situation.

 

Je suis une Française qui commande sur Rakuten, qui bois plus de ume-shu que de vin et qui, bizarrerie suprême, porte un prénom constitué de trois syllabes parfaitement prononçables par le contingent local, et qui a même l’audace de se terminer par le fameux « mi » de la beauté, ponctuant un bon tiers des prénoms de filles japonais. On m’a même demandé à plusieurs reprises si j’avais adopté ce prénom en venant au Japon. Alors que je m’acharnais à répondre que non, il s’agit bien d’un prénom classique français pour le coup, on m’a rétorqué que décidemment, j’étais une Française très, très, très… bizarre. Allez comprendre.

Même les plus sombres des clichés sur les Français  ravissent les Japonais : prétendez que vous haïssez les Américains (tous les Américains !), et vous récolterez de chaleureux regards de connivence. Clamez votre sentiment de supériorité par rapport aux Britanniques, et vous ferez naître des sourires compréhensifs. Brandissez votre individualisme forcené, et on vous inondera d’indulgence bienveillante. Tout est bon du moment que vous ferez les fleurir les naruhodo, les yappari et autres exclamations déclinant l’éventail du « je le savais » triomphant.

Je ne sais pas, peut-être que ça les rassure, lorsque tout le monde colle sagement à sa petite étiquette.

 

Le syndrome Mont-blanc

Si les stéréotypes ont la peau dure dans l’archipel, c’est bien moins en raison de ce que nous autres Occidentaux appellerions du racisme que du fait de cette incroyable faculté des Japonais à faire des généralités sur le monde extérieur. Si un soir, ils trinquent avec des Chinois, ils rentreront chez eux le cœur rempli d’amour pour ce peuple voisin si sympathique, et passeront le reste de la journée sur Youtube à visionner des cours de mandarin pour débutants. Si dans la même journée, les informations laissent entrevoir des manifestations antijaponaises à Pékin, alors ils partiront se coucher en maudissant ce peuple fourbe et cruel qui menace leur cher archipel. Ainsi, il suffit d’un seul impair pour que l’image de votre pays et de votre peuple se dégrade instantanément aux yeux du témoin de votre bêtise. En un mot, ce n’est pas la relativisation qui les étouffe.

En fait, ce que croient savoir les Japonais à propos des Français ressemblent au fameux gâteau « Mont-blanc », qui pullule dans les vitrines des cake-shop franchouillards de Tokyo. Attention, rien à voir avec la douceur antillaise à la noix de coco du même nom. Au Japon, le Mont-blanc est une gourmandise ultra-sucrée, constituée d’une meringue couverte de vermicelles à la crème de marron et saupoudrée de sucre glace. Il est fort possible que la recette soit née en France, où nous faisons en effet de l’excellente crème de marron ; mais disons que ce n’est pas LE dessert incontournable d’une pâtisserie française lambda. Je ne dis pas qu’on n’en trouve nulle part, mais dans ma banlieue, les pâtisseries proposent des Opéras, des tartelettes aux fraises, des flans divers et variés, des Paris-brest, des éclairs et des religieuses, des tartes au citron meringuées, des Saint-honoré, et plein d’autres délices dont j’oublie les noms, mais pas forcément de Mont-blanc. Le Mont-blanc, c’est vraiment le gâteau au look frenchy qui fait plaisir à la cliente japonaise, mais on ne peut pas dire qu’il soit l’étendard de la pâtisserie bien de chez nous. Et pourtant, érigé par les Nippons comme fleuron de l’art du sucré à la française, ils sont persuadés qu’on s’en colle un au palais tous les deux jours. Alors qu’ils en mangent infiniment plus que nous. Paradoxe, j’écris ton nom.

Grâce au ciel, la communauté française du Japon parvient tout de même à satisfaire les exigences nippones en matière de décorum, en organisant régulièrement des évènements dignes d’un dépliant du manuel du bon petit Français, avec son béret et sa baguette en couverture. Fête du 14 juillet, célébration du Beaujolais nouveau, buffet de Noël : comptez sur nous pour prouver aux Francophiles les plus extrémistes que nous aussi, nous savons donner dans le cliché. On n’y sert pas de Mont-blanc parce que tout de même, ce serait mentir, mais on y va fort sur les bulles et les petits-fours. Tout ça pour rire sous cape quand nos invités japonais, enfin comblés par la débauche de produits du terroir et de nœuds papillons, s’exclament avec satisfaction : « Ces Français, alors… sans leur vin, leur pain et leur machin, ils sont tout perdus, hein… ».

 

Conséquence étonnante de l’effet papillon

Si d’aventure un jour les Français devenaient sobres

Une grande clameur s’élèverait du Japon

Plongeant nos bonnes résolutions dans l’opprobre.

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 10:09 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,
22.06.13

Advantages of the Japanese rainy season

Every year in Japan, this is the same story : after the magic of blossoming sakura in April/May, we are slowly slipping into the hot season. And before the sweaty summer, there is the grey, the wet, the uncomfortable rainy season. Grey sky, heavy rain, first mosquitos and other disgusting insects, and you can't even wish it's over, because you know that after that, Tokyo will turn into a giant hammam. But let's see the good sides of tuyu, the Japanese rainy season, too.

ADVANTAGE n°1

This is Singing in the Rain every night. Just stop playing with your smartphone for a while, and look around you. The ballet of umbrellas. The artistic combination of rainy boots and open shoes (two different strategies to walk into the puddles, pick up your side). The reflection of lights in the shining watercourses. By night, rainy Tokyo is even more beautiful.

rainyshibuya2

rainyshibuya1

ADVANTAGE n°2

Fireflies. Hotaru, in Japanese. If you can afford a week-end in the countryside, you may have a glimpse of these elegant insects who are mating during in early June for genjibotaru, and early July for heikebotaru. Remember this awfully sad movie by studio Ghibli. And bless Mother Nature to give us something so beautiful.
If you're stuck in Tokyo, well... use your imagination, and/or try your chance at the Four Seasons Hotel's park, close to Waseda.

hotarumichi3

ADVANTAGE n°3

That's the best moment in the year to go to the museum. Today, I have visited the Mori Tower and it's great exhibition about... LOVE, yeah! "All you need is Love", from April to September 2013, at Roppongi Hills ! From Chagall to Yayoi, feel the power of Love! I got lost in the tentacular labyrinth of Kusama Yayoi, and it was just delightful...

CIMG3692

CIMG3704

CIMG3714

IMG_0535

CIMG3710

Don't forget to enjoy the rain! Water = Life, baby!

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 09:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,
11.06.13

My first song with Pretty Pop

countingsheep1Dear readers, today, I need you to open not only your eyes and minds, but also your ears!

Here is my first single with the Japanese label Pretty Pop, which promotes synth music for your entertainment. The music and edition are signed by Ken K, and I added my lyrics and vocal.

Please listen to it on your sleepless nights!

 

COUNTING SHEEP

Noemi by Pretty Pop

 

 

 

 

 

 

Posté par NoemiMonogatari à 04:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , ,
05.06.13

African touch in Yokohama

Yokohama, the most international-oriented japanese city... The only port opened to the foreign ships before the Meiji area. And now, it welcomes major international events like TICAD.

 Pacifico Yokohama, between sky and sea

CIMG3569

CIMG3606

CIMG3608

And inside : crowds of Japanese and African people... and your little blondie.

CIMG3615

CIMG3618

TICAD V ended with a record contribution from Japan : more than 10 billion euros to the African development. Japan is now standing proudly before China in the ranking of the donators. It means a lot for a country so poor in natural resources. But Chinese investments remain unchallenged... So Africa is becoming the second scene of this Asian rivality. in the meanwhile, the continent can expect some generous gifts by both sides. It's a rich men's world, my friends.

 

Posté par NoemiMonogatari à 17:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]