31.05.16

Okinawa Holidays

A girl needs holidays.

Far far away from frantic Tokyo, the Southern islands of Okinawa are hiding beautiful beaches and crystal-clear waters. You need to look for them though, because many landscapes there are unfortunately ruined by highway bridges, electric wires and ugly boats. But with a bit of patience, you will find postal-card views, beautiful manta rays spots and perfect sunset beaches!

Ishigaki island

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Kabira Bay

 

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Cities and towns in Okinawa are just as chaotic as you can expect from Japan, but some places have kept an old-style flair, like the village of Taketomi island. So beautiful...

 

Taketomi Island

 

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Tropical greenery

 

 

 

 

 

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No snorkeling, no holidays! There is nothing like under-ocean viewing to make you feel grateful about life, nature, and everything. Even if you feel suddenly sorry to belong to this stupid human race instead of being a perfect godly manta ray.

Under the sea

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After swimming, a girl needs to eat. My dreamy Okiwawaian meal : shikuwasa and passion fruit juice, vegetarian plate with local purple-potato fries, and brown sugar ice-cream. 

 

Okinawa perfect meal

 

 

 

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Still so many places to discover is Okinawa ! Let's book the next trip soon...

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10.08.15

Asagaya Omatsuri

August in Tokyo : wet, steaming hot, buzzing with insects, exhausting. Let's try to forget all this by hitting a matsuri : a Japanese local festival boasting bright colors, yukata, and - oh surprise - tons of food. There are firework matsuri, omikoshi matsuri, street dancing matsuri ; Asagaya Tanabata Matsuri is just a pleasantly noisy festival with lanterns and giant paper dolls.

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29.01.14

Ce n'est que pour les grands enfants

On pourrait croire, tous joyeusement pris dans les mailles de la mondialisation que nous sommes, que les "promesses produits" sont foncièrement équivalentes de part et d'autre du globe. Normalement, ainsi que la publicité ne cesse de nous le rappeler, nous aspirons tous à être jeunes et beaux, à vivre dans une grande maison entourés de visages souriants, et à jouir avec délice des ressources de la modernité tout en restant connecté aux vraies valeurs. Et pour atteindre ce but rêvé, il nous faudrait consommer tel ou tel produit au passage. Puisque les mêmes marques exhibent les mêmes marchandises d'un bout à l'autre du monde, il est normal de s'attendre à l'exaltation du même style de vie, des mêmes ambitions, de la même esthétique au Japon comme ailleurs. Et pourtant, les promesses produits diffusées dans l'archipel ne cessent de me surprendre. Après la promotion de la "japonitude", permettez-moi de partager ma perplexité et mon désarroi de fille de l'Ouest face à un autre grand classique de la pub nippone :

"大人の..." (otona no...) ; « Pour adulte ».

大人のりんご : Du jus de pomme pour adulte

(ou jus de pomme de l'adulte, ou jus de pomme des adultes)

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Pour adulte : en Occident, l’expression a le don de faire grimper la température de deux degrés de toute personne normalement constituée. Corps dénudés, poses lascives, chuchotements suggestifs ; le monde réservé aux adultes est celui des fantasmes, et de la possibilité de leur réalisation.

Un film « pour adultes » promet des scènes coquines.

Un livre « pour adultes » présage un parti-pris érotique.

Un magasin « pour adultes » évoque des marchandises destinées à donner du plaisir.

Un jeu « pour adultes » laisse entendre qu’il vaut mieux venir avec quelques préservatifs en poche.

Qu’est-ce qui définit un adulte, chez nous autres les héritiers des Grecs et des Romains ? La libido assumée. La sexualité cultivée. La recherche du plaisir.

... Mais pas Japon. Jugez plutôt.

大人のチーズ。Le fromage pour adulte

(ou fromage de l’adulte)

チーズ

Le fromage pour adulte. Je vous arrête tout de suite, ça ne veux pas dire qu’on finira la soirée tous à poil dans le reblochon fondu. Enfin en tout cas ce n’est pas la promesse produit, après, je ne sais pas ce qui se passe chez les gens, mais c'est une autre histoire.

Vous n’avez pas idée du nombre de produits ou de services pour lesquels le publicitaire japonais utilise l’argument « pour adulte ». Et le plus souvent il n’a rien de sexuel là dedans.

 Non, les produits ci-dessous ne contiennent pas de viagra.

Chocolat pour adulte

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Guide des sakura pour adulte

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La gym pour adulte

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Le rock pour adulte

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Les coupes de cheveux pour adulte

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Les sauces et mayonnaises pour adulte

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Le voyage pour adulte

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Les kitkat pour adulte

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Il faut savoir qu'en japonais, le mot adulte 大人(otona) s’écrit avec le caractère de la grandeur accolé à celui de la personne. L’adulte est tout bêtement une grande personne. Mais le même mot, prononcé だいじん(daijin), signifie « personne remarquable », dans le sens de l’anglais great man ; ou même « géant ». Il y a donc une idée de grandeur morale, aussi, au cœur du mot. Qualifier une personne d’adulte est très laudatif, d’où son utilisation en publicité, où il n’est jamais inutile de passer un peu de pommade à l’acheteur potentiel. Mais ça va plus loin : la publicité japonaise ne cesse de faire appel à un certain imaginaire du monde adulte.

Etre un adulte, ou passer pour un adulte au Japon, hé bien ça fait rêver. Etrange pour nous autres qui envisageons surtout le passage à l'age adulte comme la fin de l'insouciance. Un adulte, c'est un type qui travaille et qui paye ses impôts, qui a des problèmes de voiture, qui doit faire du jogging car il commence à s'empater et à qui les démarcheurs téléphoniques proposent de changer son lave-vaisselle avant la fin de l'année. Etre un adulte, ce n'est pas très glamour. Etre un enfant est fantastique : on fait du vélo, des cabanes dans les arbres, on a une imagination débordante et l'amitié indéfectible de notre chien Fido suffit à nous combler de bonheur. Etre un ado est complexe, mais prometteur : on apprend à se rebeller en écoutant du rock et en s'entichant d'un camarade de classe que désapprouve nos parents, on fait ses premières expériences, on a la pureté de notre côté. Etre un jeune est jouissif : on est libre, on est visionnaire, on a le sentiment que le monde nous appartient. Mais être un adulte, bon, ça a ce côté raisonnable et rangé qui ne fait pas vendre beaucoup de savonnettes. Je n'ai jamais vu une publicité qui essayait de me séduire à coups de "pour nous, les adultes".

Mais au Japon, être un adulte est un concept fantastique. Cela veut dire être financièrement indépendant, avoir un job et son propre appartement, cesser de devoir rendre des comptes à la planète entière et être enfin en mesure de s'écouter soi-même un minimum. Etre un adulte, c'est prendre sa vie en main. Le 大人の味 (otona no aji, le goût adulte), c'est le monde des saveurs corsées, du café, du tabac, du vin, des liqueurs ; c'est l'amer qui prend le dessus sur l'acidulé ; ce sont ces odeurs et ces goûts qui nécessitent un palais un peu aguerri pour pouvoir les savourer. Dans la 大人の生活 (otona no seikatsu, la vie d’adulte), on s'offre enfin de la qualité ; on recherche après le travail les petits bars aux décors sobres et efficaces ; on écoute du jazz dans son salon enfin meublé avec goût, en sirotant un verre de Chardonnay. Les Japonais deviennent des adultes lorsqu'ils s'extraient enfin du monde rose et infantilisant du kawaii pour pénétrer d'un pas sûr dans l'univers du kakkoii.

"Ces choses que je veux faire une fois adulte"

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Pour comprendre ce qui a de si palpitant à se projeter en tant qu'adulte au Japon, il faut bien se rendre compte du côté énorme bonbonnière rose que peut constituer la sphère consumériste dans ce pays. L’imagerie kitch tirée des manga vous poursuit où que vous alliez, et vous n’êtes jamais à l’abri du rose bonbon et des paillettes. En un mot, l’environnement commercial au Japon est assez fortement infantilisant.

On parle quand même de là où est né Hello Kitty, ne l'oublions pas

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Et même hors les boutiques, le Japon croule sous les gadgets, sous les icônes, sous les mascottes. Les petits nounours, les petits lapins collés partout vous poursuivent dans les rues, se terrent dans les emballages, se tapissent dans la moindre brochure, s’affichent jusque dans les contextes les plus inattendus. Lui, là, par exemple, c'est le symbole de la police de quartier. Avouez que ça inspire le respect. Je ne vous raconte pas si nos flics avaient la même.

Police japonaise, bonjour

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Du coup, on comprend que nos Japinouches arrivent parfois à saturation. Et se mettent à rêver de maturité.

Mais il y a un niveau supplémentaire d'explication de ce phénomène "d'adultisme" dans la publicité nippone, qui appartient au champ plus spécifiquement professionnel.

J'ai pu remarquer, lors de testing de produits innovants auprès des consommateurs japonais, que ces derniers avaient besoin, pour se sentir autorisés à donner leur avis personnel sur la nouveauté, de savoir si oui ou non le produit leur était destiné à la base. C'est à dire, est-ce que la marchandise avait été conçue pour les jeunes ou les moins jeunes, les étudiants ou les actifs, les femmes ou les hommes, etc. Cela m'a étonnée plus d'une fois car en Europe, les réactions toutes personnelles n'auraient pas attendu pour fuser ; à la question "achèteriez-vous ce produit ?", les gens répondent tout simplement ce qui leur chante. Mais les Japonais, eux, semblent avoir besoin de confirmer leur droit à la parole avant de l'exercer. Peut-être est-il décidemment bien pénible, pour ces héritiers du Confucianisme, de prendre une parole trop individuelle; peut-être est-il plus confortable pour eux de s'exprimer par le truchement de leur groupe, de leurs pairs, de leur catégorie. Ils sont donc très attachés à la "segmentation" - mot barbare pour désigner le positionnement marketing d'un produit selon la "cible" (exemple : homme de quarante ans et plus, cadre supérieur, revenu élevé).

Or, lorsqu'on veut ratisser large, quelle meilleure catégorie de consommateur que l'adulte ? Il englobe tout ce qui bénéficie d'un revenu, plus les adolescents qui veulent grandir plus vite. Il est donc très confortable de s'adresser à l'acheteur en tant qu'adulte, on peut difficilement se tromper.

Bref, à en juger par la quantité impressionnante de réclames qui tirent la corde de l'adultisme, la promesse produit est efficace, et n'est pas prête de se tarir.

Tout cela m'a fait penser à un des slogans les plus mythiques de l'histoire de la pub française, qui joue exactement sur le tableau inverse : Petit Ecolier, ce n'est que pour les enfants.

Comportez-vous en adulte, qu'ils disaient

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Qui sont les plus gamins, au final : ceux qui aspirent à jouer à l'adulte responsable, ou ceux qui prennent un malin plaisir à faire les mômes ? Je vous laisse trancher.

 

Condamnés pour toujours à la Liliputi

Ceux-ci rêvaient un jour de porter la moustache ;

Désespérés d'avoir fait l'erreur de grandir,

Ceux-là cherchaient en vain à revivre le tendre âge.

 

 

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09.12.13

Rhinite Nationale

Bien le bonjour, ô pèlerin de l’Internet égaré dans ces pages. C’est bien de l’honneur que tu me fais de t’intéresser à mes mémoires. Aujourd’hui, nous allons parler de cette bonimenterie cet art noble qu’est la publicité.

Il n’est pas rare, dans la réclame japonaise, de se trouver confronté à une drôle de formulation qui, quand on n’est pas habitué, peut laisser un tantinet pantois. Il s’agit de l’insistance sur la « japonicité » des choses.

Naturellement, dans le cas de produits typiquement locaux, l’épithète « japonais » se comprend parfaitement. Quoi de plus normal que de vanter le thé japonais, le riz japonais, la technologie japonaise, les voitures japonaises, les masques en papier japonais, les washlet japonais, et même les cosmétiques ou les chaussures ou le papier absorbant japonais, du moment que ces derniers héritent bel et bien d’un savoir-faire, d’une tradition ou d’un usage particulier à l’archipel, ou bien qu’on souhaite simplement en exhaler « l’esprit » particulièrement nippon. Soit. C’est de bonne guerre. Aller titiller la tendance à la préférence nationale du consommateur est une méthode promotionnelle comme une autre.

 

 Machin-truc japonais. Ici, le qualificatif est amplement justifié.

 

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Là où l’Occidental de base reste un peu perplexe, c’est quand le référent de la « japonicité » exaltée par la pub en question n’a absolument rien de japonais - ni rien de toute autre nationalité d'ailleurs.

Exemple :

日本の風邪には、XXXです。

Contre le rhume japonais : prenez le médicament XXX.

Autre traduction possible : Contre le rhume au Japon, prenez le médicament XXX.

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Là, potentiellement, le spectateur étranger mal averti s’étouffe avec son cappuccino du matin. Le rhume japonais ?? Qu’est-ce donc encore que cette saleté-là ? La grippe aviaire aurait-elle muté au pays du Soleil Levant ? Pas étonnant, avec de telles concentrations de population, l’Asie est vraiment le paradis des épidémies virulentes. Maintenant que j’y pense, la fameuse encéphalite japonaise, ce ne serait pas un peu la même chose, par hasard ? Que je regarde sur wikipédia… « maladie très fréquente en Extrême Orient », bla bla bla… « transmise par les moustiques, les oiseaux et les porcs », bim, les poulets ont encore frappé. Ce serait donc un virus local, mais bon sang j’y songe, les Japonais sont sûrement vaccinés, mais pas moi ! Il faut que je vérifie mon carnet de santé. Fichtre, mon assurance ne paiera jamais si je finis à l’hôpital pour une stupide encéphalite japonaise. Mais où diable ai-je rangé mon carnet de santé ??...

 … Que l’expat angoissé modère ses pulsions hypocondriaques : le rhume en question n’a rien de particulier. Il ne s’agit que de la bonne crève habituelle, à base de nez qui coule, de glaires et de toux ; le genre de nuisance qui vous gâche cordialement l’existence en hiver mais qui n’est nullement dangereux ni spécialement… japonais.

 Non, les bacilles du rhume au Japon n’envahissent pas les bronches de leurs victimes en jouant du shamisen. Non, les Japonais atteints ne postillonnent pas de la sauce soja. Non, il n’y a pas la moindre différence entre la grosseur de nos ganglions, ou la longévité de nos paquets de mouchoirs. Mêmes symptômes, même punition : que ce soit dans les causes ou dans les effets, le rhume au Japon est ni plus ni moins une bonne rhinopharyngite des familles. Et un Japonais enrhumé, ça a la même sale gueule que n’importe qui, je vous rassure.

Mais alors, me direz-vous car vous avez de la suite dans les idées, pourquoi, s’il ne s’agit là que d’un rhume lambda, parler de « rhume japonais », ou de « rhume au Japon », comme s’il s’agissait d’un phénomène bien particulier ? Avouez que ça crée un tantinet la confusion.

Cela sous-entend que le rhume japonais n’est pas n’importe quel rhume.

Cela sous-entend que les Japonais ne vivent pas l’expérience du rhume comme tout-un-chacun.

Cela sous-entend qu’à rhume particulier, il faut remède particulier aussi.

Cela sous-entend bien des choses. Ce message pourtant on ne peut plus concis est bourré de sous-entendus. Admirez la puissance du marketing.

Il n’y a pas la moindre raison scientifique pour qu’on qualifie le rhume en question de japonais ou spécifique au Japon. Mais il y a de profondes « raisons irrationnelles », si vous me passez l’expression.

Il se trouve que les Japonais sont immédiatement, inconditionnellement et irrationnellement rassurés lorsqu’on leur garantit que les choses ont été faites pour eux, à leur mesure, à leur taille. Or, pour vendre des produits, notamment pharmaceutiques (même aussi bénins que du paracétamol allégé mâtiné d’arôme artificiel d’eucalyptus), il est toujours bon que le consommateur se sente rassuré.

Préciser que le médicament XXX est LA réponse adéquate au rhume japonais, c’est induire que le rhume chez les Japonais est une chose tout à fait subtile – comme tout ce que font les Japonais d’ailleurs. Les Japonais sont des êtres complexes, renfermés, introvertis, impénétrables, et il y a fort à parier que leurs bactéries aussi. On ne lit pas le cœur ni les résultats de virologie d’un Japonais si facilement, dites.

Et donc, à maux subtils, remèdes subtils il faut.

En proclamant sa capacité à répondre au rhume japonais, XXX instille l’idée de sécurité, de qualité, de dosage parfait, de respect optimal de la constitution physique japonaise tout spécifiquement. Il désamorce l’idée que les pastilles pourraient avoir été fabriquées dans un obscur laboratoire chinois aux normes hygiéniques douteuses (et éviter ainsi que le consommateur souffreteux recherche avec trop de zèle la mention « made in » sur le paquet). Il insinue que les étrangers, avec leur grande taille et leur façon de croquer sauvagement dans les pommes à pleines dents, ont certainement besoin de doses de cheval lorsqu’ils ont un rhume ; mais XXX, lui, s’adresse au corps japonais dans toute sa délicatesse et sa complexité propre. Il s’agit de LA bonne molécule, dans LA proportion adéquate, le tout présenté dans LE bon emballage à ouverture facile adapté aux phalanges nippones.

Et puis, positionner XXX comme le remède au rhume japonais permet aussi d’évacuer les suspicions par rapport à tout le reste : peu importe si vous êtes une fillette de 40 kilos qui a pris froid car vous grelottez tout l’hiver dans votre uniforme scolaire, lequel consiste en une mini-jupe et des chaussettes montantes à mi-mollet, ou un chauffeur routier sous-vitaminé perfusé aux ramen instantanés, malade de n’avoir pas touché à un seul légume frais depuis des semaines. Peu importe si vous avez chopé la crève à force de surchauffage au bureau ou de courants-d’air vicieux à la maison. Cela n’a plus d’importance : vous êtes japonais, oui ou non ? Bon, hé bien alors XXX est la solution à tous vos maux. C’est aussi simple que ça.

Ah, qu’il doit être doux d’appartenir à un peuple si intimement convaincu de sa spécificité qu’il suffise de prononcer son nom pour qu’aussitôt les doutes s’effondrent, les méfiances s’évanouissent, les hésitations passent, les interrogations trépassent. Qu’il doit être doux de se dire : je suis Japonais, cette chose a été conçue pour des Japonais par des Japonais et de façon japonaise ; elle va donc me rendre sain et heureux.

On les envierait presque, dites-donc.

Ce qui est amusant, c’est d’imaginer le même procédé en France, juste pour voir.

Contre le rhume français, prenez YYY.

(Pour un meilleur effet, prononcer « frânçais » avec la voix nasillarde et emphatique des anciens bulletins d’information télévisés.)

Croyez-vous que les Français seraient une seule seconde rassurés, ou réconfortés par un tel slogan publicitaire ? Que nenni.

Déjà, la formulation plongerait le public dans un abîme de perplexité.

Le rhume français ? Ben voilà autre chose. En quoi diable le rhume, cet éternel compagnon des hivers dans tout l’hémisphère nord, serait-il précisément français ? Un obscur microbe de nos terroirs aurait-il muté, dopé par les moisissures de nos caves à fromages ? Parce qu’il faudrait au moins ça pour le qualifier de « français », le rhume.

Pour autant qu’un Français sache, un rhume, c’est un rhume, qu’on soit adepte du jambon-beurre, du kebab ou du poulet korma. Cela n’a aucun sens pour nous d’aller accoler à cette saloperie universelle une appartenance nationale. Un rhume, c’est un nez qui coule, des poumons qui toussent, un goût désagréable dans la bouche et une envie de rester sous la couette toute la journée, basta. On l’attrape forcément tous tôt ou tard, qu’on soit joueur de cornemuse ou moine bouddhiste. A la limite, on peut concevoir que nous ne le vivions pas tous de la même façon, le rhume ; que certains le portent plutôt bien, le bout du nez rose et la voix à peine voilée, tandis que d’autres ont l’impression d’avoir pris un coup d’enclume dans le carafon. Il y a peut être autant de rhumes que d’individus, on veut bien le reconnaitre. Nous sommes en mesure d’admettre, disons, l’expérience toute individuelle du rhume. Mais à l’échelle nationale, là, ça nous dépasse.

A quoi pourrait bien ressembler un « rhume français » ? Serait-ce un rhume qui fait râler, un rhume qui rend dépendant au vin rouge, un rhume qui porte le béret ? Non, vraiment, nous ne voyons pas. Et si un rhume typiquement français sévissait dans notre beau pays, nos amis les étrangers y seraient-ils également soumis ? Ou bien ce serait comme pour les élections, on ferait une différence ? Un Vietnamien de passage en France qui chopperait le rhume français devrait-il être soigné par YYY, lui aussi, ou bien faudrait-il absolument lui donner un médicament de chez lui ? Que de dilemmes dans les pharmacies, que de casse-tête au sein des ménages. Et pour les enfants métisses ? On fait comment ?

Non seulement le peuple de France ne comprendrait pas du tout de quoi on parle, mais une bonne partie des ressortissants ressentirait probablement un certain malaise. Après le rhume français, à quoi faudrait-il s’attendre ? A la migraine française, au cancer français ? Au sang français ?... En nous mettant dans une catégorie à part, nous voyons nous déployer devant nous le toboggan des cloisonnements, jusqu’à faire du peuple français une entité à part, strictement définie par un ensemble de critères physiques entre autres, et donc foncièrement exclusive. Une idée pas bien gênante quand on est japonais, héritier d’une conception fermée de son identité, mais plutôt embarrassante pour d’autres.

Alors quoi, on aurait donc un rhume français digne d’attention, contre lequel on aurait développé des antidotes, pour lequel on dépenserait des millions en campagne de publicité ; et à côté de ça, les autres nationalités devraient le résoudre à peler du nez en enrichissant les actionnaires de Kleenex ? Sympa. C’est beau, la France, tiens.

Pour parler clairement, en sous-titre de la phrase « Contre le rhume français… », on verrait forcément se dessiner en creux : « Et puis pour les autres, hé bien vous pouvez crever, bonne journée. »

Ce qui est à peu près ce que la pub japonaise semble nous dire aussi, à nous les non-Japonais qui n’avons pas le rhume japonais, vous noterez.

A leur décharge, les Japonais ne sont pas seulement accros à la spécificité nationale en matière de consommation. Le même besoin effréné de catégorisation apparaît à d’autres niveaux de la segmentation marketing.

Par exemple, si vous lancez sur le marché japonais un produit suffisamment original pour ne pas se classer de lui-même dans la case d’une marchandise existante, et que vous menez une opération test pour prendre la température de l’intérêt qu’il suscite, vous serez surpris par la réaction du public. Vous, vous serez venu pour savoir si votre produit plaît, si les gens seront enclins à l’acheter, et sinon pourquoi. Mais au lieu de récolter des opinions, vous serez submergé par la grande et suprême question qui semble tarauder l’acheteur potentiel nippon : « Pour qui est fait ce produit, exactement ? ».

Mais, pour tout le monde, vous semble-t-il. Pour tout le monde que ça intéresse. Naturellement, nous avons un cahier des charges, et nous avons pensé à une cible de tel âge, de tel sexe, ayant tel type de vie, mais ce n’est pas l’objet du test ; le test, c’est de recueillir les avis des gens, alors donnez-moi votre avis. A vous de me dire si en tant que jeune, en tant que vieux, en tant qu’employé ou que retraité, en tant que fille ou que garçon, cela vous intéresse ou non. Dites-moi votre ressenti personnel, et c’est moi qui ferai les statistiques.

Mais non. Dubitatif et troublé, votre testeur se gardera bien d’émettre un commentaire personnel. Que voulez-vous, il n’est pas sûr d’être légitime pour juger.

En revanche, si vous l’assurez que ce produit a été conçu en direction des quinquagénaires masculins travaillant dans le tertiaire et amateurs de pizza à l’ananas, et que le monsieur répond justement à ces critères, alors il sera ravi de confirmer ou d’infirmer l’utilité réelle de la camelote en ce qui le concerne.

C’est effrayant comme ça a l’air tellement plus aisé pour eux de s’affirmer en tant que membre d’un groupe, et avec quel confort ils accueillent les choses s’ils ont l’assurance qu’elles sont adaptées à leur catégorie d’individus. On comprend la brillante stratégie de XXX.

Esprit scientifique oblige, histoire de vérifier par moi-même si XXX soignait le rhume japonais pour tout le monde, ou bien si comme je le subodorais, la publicité en question flattait sans vergogne la fibre nationaliste japonaise, je me suis rendue dans une pharmacie et j’ai demandé un médicament contre le rhume japonais. Le monsieur du drugstore m’a fait répéter deux fois, ébahi. Puis, en se grattant la tête, il m’a demandé mes symptômes. Je me suis plainte d’un mal de gorge et d’un nez bouché. Il m’a alors recommandé des cachets qui n’étaient pas de la marque XXX. J’ai alors insisté sur le fait que j’avais attrapé mon rhume à Tokyo et qu’il ne s’agissait pas de n’importe quel rhume, mais d’un rhume japonais. Timidement, mon interlocuteur m’a fait savoir qu’il ne connaissait pas la différence entre un rhume japonais et un rhume non-japonais. Ces médicaments là devaient faire l’affaire. Un peu rassérénée, j’achetai un paquet de pastilles citronnées, heureuse de constater que tous les Japonais n’étaient pas définitivement allergiques à l’idée d’appartenance au reste de l’humanité.

Mais en me tendant mon achat, le pharmacien m’affirma avec aplomb, tout sourire :

« De toute façon, comme vous n’êtes pas japonaise, vous ne risquez rien. Vous avez votre rhume habituel, n’est-ce pas. »

Pour résumer, la certitude scientifique que ma crève est exactement la même que ma voisine nippone n’a pas tenu trois minutes face à l’irrésistible tentation de croire qu’en cela aussi, les Japonais étaient bel et bien différents du reste du monde.

J'ai envie de vous dire :

« Contre le singularisme forcené japonais, prenez éventuellement un bol d’air. »

 ...

Vous aurez beau nous dire : les hommes sont tous les mêmes

Nous parler transfusion, genre humain, ADN

Sans relâche, nous ne cesserons de vous faire voir

Toutes nos raisons de croire que vous êtes bizarre.

 

 

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09.10.13

Sont-ils gentils, ces Japinois

 

Les aimables visiteurs qui me font l'honneur de se déplacer dans ma lointaine contrée japiresque font systématiquement la même remarque, les yeux écarquillés et le sourir béat : "Les gens sont teeeeellement gentils au Japon, c'est fou !". Et c'est un peu un crève-coeur pour moi que de nuancer fortement - très fortement - leur première et si positive impression. Hé oui, moi aussi, j'étais comme vous au début : sidérée, enchantée, émerveillée par l'exquise courtoisie nippone; éperdue de reconnaissance d'avoir été enfin transportée au pays des gens civilisés. Mais ça, c'était avant.

Oh, rassurez-vous : les Japonais sont en effet adorables au premier abord - surtout quand on a pour unique standard de vie en commun les us et coutumes de la région parisienne. Mais avec le temps, on comprend que chaque peuple - et dans chaque peuple, chaque catégorie possible et imaginable et dans chaque catégorie, chaque individu, mais tant qu'à faire des généralités allons-y gaiement - a sa propre façon d'être charmant, et sa propre façon d'être odieux.

Quand on est Français, et qu'on a toujours baigné dans un milieu où les gens n'ont que très peu de considération pour l'espace public d'une part et pour les "inconnus" qui y transitent d'autre part, le charme des Japonais vous saute immédiatement au visage et vous assome littéralement. Déjà, les bonnes manières y sont beaucoup plus respectées qu'en France. Certes, il y aura toujours un goujat de service pour jeter son papier gras dans la rue ou un malotru vous resquiller dans la file d'attente, mais de façon générale, les gens sont propres, patients, respectent les règles et font de leur mieux pour éviter tout type d'affrontement. Dieu que cela fait du bien lorsqu'on a passé toute sa vie à lutter pour entrer dans le RER qu'on attend depuis 30 minutes sur le quai, et qu'un grand baraqué qui vient juste d'arriver vous bouscule et vous siffle votre place. Dieu qu'il est bon de pas être constamment agressé par les graffiti, le mobilier urbain saccagé à dessein, les reliefs de repas abandonnés au sol à deux pas des poubelles et toutes les incivilités qui sont monnaie courante à Paris. La foule, à Tokyo, est calme et aussi ordonnée que possible. Le manant japonais de base ne siffle pas les femmes dans la rue, ne les insulte pas, ne fait pas de bruits obscènes sur leur passage. Bref, rien que le fait de pouvoir marcher tranquillement dans la rue, à toute heure du jour et de la nuit, est un véritable délice qui vous fait vous sentir au sommet de ce que le monde a produit en termes de civilisation.

La culture du service en rajoute une louche : à de rares exceptions près, les Japonais se plient en quatre pour apporter à leurs clients le must de ce qui est proposé par leur entreprise, et l'accueil compte énormément là-dedans. Pas de caissier qui fait la gueule, pas de vendeuse hargneuse, pas de conseiller de vente arrogant. Quand un Japonais revêt un uniforme, il ne rigole pas avec ses responsabilités. Son ego s'évapore, et même confronté à un client ignoble, il ne perdra jamais son sang-froid, préférant s'abaisser jusqu'à terre jusqu'à ce que l'orage passe. En dehors de ses heures de travail, bien entendu, il peut lui-même jouer le rôle du client exigeant. Mais en service, il fera tout son possible pour rester au top de la politesse due à la clientèle. Aussi, quand on débarque à Tokyo et qu'on se fait ainsi chouchouter dans la moindre boutique, là où à Paris c'est limite si on dérange, on a naturellement tendance à fondre devant tant d'amabilité et de considération de la part d'autrui.

Et puis il y a le fameux kodawari. Ce soin, cette attention particulière portée à la moindre tâche qui anime la plupart des Japonais. La perfection du geste, les règles de l'art... des valeurs un peu désuettes chez nous, mais qui sont extrêmement prisées par ici. Autant en France on considère qu'il faut être passionné par son travail, y mettre du feu, de la véhémence spirituelle et intellectuelle; autant au Japon, c'est surtout dans l'aspect manuel des choses que se canalise l'âme du travailleur. La confection, l'emballage, la présentation, les petites attentions... des choses un peu négligées dans la culture française, auxquelles nous avons du mal à accorder tant de valeur. Et de nous retrouver ivres de reconnaissance devant le soin infini que porteront les Japonais aux plus infimes détails de nos expériences. Que ces gens doivent aimer leur prochain pour faire montre d'autant de précision, de délicatesse, d'exigence envers eux-mêmes ! Jamais ils ne bâclent, jamais ils ne gâchent, exprimant à travers le respect des choses l'estime profonde qu'ils portent à autrui, c'est à dire à vous-même ! Que les Japonais sont donc gentils !...

Je vais vous dire : vous prenez tout cela de façon beaucoup trop personnelle. Vous n'y êtes pour rien, ce sont vos gènes d'individualiste-universaliste qui parlent - je le sais, j'ai les mêmes. Mais ce que vous prenez pour de la gentillesse est surtout un suave mélange de savoir-vivre, d'esprit commercial et d'amour du travail bien fait. Et il est certain que cette combinaison gagnante vous rend la vie quotidienne assez douce au Japon. Mais cela n'engage en rien un comportement "gentil" de la part des individus lorsque vous les fréquentez de façon plus appronfondie - au travail comme en privé. Les Japonais vous taclent tout autant que les Français et savent tout aussi bien cruellement manquer de tact. Ils sont tout aussi égoïstes, manipulateurs ou indifférents. Mais à leur façon. Une façon que ne peut pas appréhender le touriste derrière ses lunettes roses.

Je crois qu'en France, nous avons l'habitude d'être extrêmement discourtois et méfiants envers les gens qui nous sont de parfaits étrangers. C'est l'esprit "après moi le déluge". Nous avons le sentiment profond de ne rien devoir à ceux que nous ne connaissons pas, et leur courroux nous est parfaitement égal. Aussi nous sommes odieux dans la rue, et tendres à la maison. Mais au Japon, il s'agit d'avoir de la discipline en public. A l'extérieur, il faut être poli, prudent et impassible. Ne pas embarasser le monde avec l'étalage de ses émotions, de ses sentiments, de ses désirs particuliers. Rester à sa place. Céder le pas à autrui. En revanche, avec les gens de son propre groupe, on peut relâcher la pression et se laisser aller à ses bas instincts. On peut traiter son conjoint d'abruti, railler une collègue sur son poids, se foutre ouvertement des memebres de sa propre famille. On se défoule dans l'intimité. Ou bien on relègue son petit monde au dernier plan après son travail, ses beuveries sociales, ses parties de golf et ses sessions de jeux vidéo. On se permet d'être odieux, enfin.

Les Japonais savent être durs, injustes, violents. Mais c'est vrai qu'ils le cachent bien. Cela se passe dans l'ombre reculée des maisons, derrières les panneaux de verre bien cirés des entreprises, dans le non-dit et les messes-basses. Cela n'éclate pas dans le métro ou dans les magasins.

Et voilà pourquoi j'ai toujours des difficultés à déciller mes amis de passage enthousiastes : cette apreté de la vie nippone, ils n'y seront jamais confrontés. Ils ne verront que l'aspect immaculé de ce pays qui sait si bien garder les apparences. Et moi-même, derrière le voile irisé de ma bulle que j'ai conçue dans le but précis de ne profiter que du meilleur du Japon sans en subir le pire, je ne suis pas la mieux placée pour vous décrire la possibilité véritable du calvaire. Mais il existe. Il est vécu. Il en a dégoûté plus d'un de cet archipel impitoyable.

A noter que les Japonais installés à Paris en prennent aussi pour leur grade. Pas les visiteurs de courte durée, qui retiendront surtout l'éclat du Dôme des Invalides et des vitrines des pâtisseries, mais ceux qui restent suffisamment longtemps pour s'asphyxier à la puanteur des comportements publics français. La dépression qui les gagne a même un nom, le fameux "Paris syndrome" qui se soigne à Sainte-Anne, et qui fait l'objet de blagues récurrentes parmi la communauté française au Japon. C'est que nous sommes odieux d'une manière qui leur échappe, et qui vient les frapper là où ils ne s'y attendent pas, là où ils n'ont pas de défense, là où ça fait mal. C'est de bonne guerre.

Pour l'anecdote : je vais faire un tour à Taïwan cette semaine. Et la quasi totalité des Japonais à qui j'ai annoncé la nouvelle s'est exclamée : "Il paraît que les Taïwanais sont très gentils ! Comme les Japonais, en fait ! " ... Et je ne compte plus les fois où mes collègues maliens se sont eux-mêmes définis comme "très gentils", c'est à dire très affectueux, demandant des nouvelles de la famille, s'appelant "tonton", "grande soeur" ou "ma fille" - pas comme ces Français telleemnt froids qui sont limite choqués lorsqu'on s'enquiert de la santé de leurs proches, et qui vous rembarrent d'un très méchant "mais c'est personnel, enfin !!". Les peuples seraient-ils tous foncièrement convaincus qu'ils sont les plus gentils du monde ?

Ah, non, attendez. Lucidité ou vérité si éclatante qu'elle est impossible à cacher ? Les Français, eux, n'ont aucun doute sur le fait qu'ils sont parfaitement odieux.

 

 

 

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04.08.13

"I see you" - Récit d'une opération Lasik à Tokyo

"J'ai des lunettes, j'ai des lunettes"

Depuis toute jeune, j'évolue dans un univers flou, cotonneux, ouaté, incitant à la rêverie : le Royaume de Myopie. Où il règne un sacré bazar, je vous prie de me croire.

En Terre Myope, toute idée de frontie a été abolie; les contours inexistants des choses les font adhérer avec leur environnement, comme une aquarelle diluée où les couleurs, seuls indices de l'individualité des objets, coaguleraient entre elles avec insistance. C'est un monde spongieux, caoutchouteux, recouvert d'une fourrure dense et mouvante. C'est un concon trompeur où la moindre lumière vacille comme une bougie.

La myopie est la grande maladie des personnes introverties et incertaines: l'oeil néglige de s'intéresser au lointain, et se fatigue à décrypter le tout près, terriblement anxieux de sa propre personne. C'est le fléau des grands lecteurs, des sédentaires, des intellectuels, des cérébraux repliés sur eux-même. La myopie vous plonge dans une râverie dubitative, vous porte à croire que l'ailleurs est indéchiffrable, qu'autrui est hermétique et incompréhensible. Qu'aucune réalité ne peut être appréhendée en dehors de soi-même. Et à force de plisser les yeux en vain, on en vient à s'en remettre systématiquement à son oeil intérieur.

Je me suis souvent demandé : même si les myopes étaient bien plus rares en ces temps reculés où localiser son dernier mouton à l'autre bout de la prairie était une activité plus courante que le matage de séries sur un écran PC, comment les quelques malchanceux tout de même frappés de floutage sévère faisaient-ils donc pour survivre ? La myopie devait être aussi handicapante qu'une patte folle ou qu'un pied bot. Tout le monde n'avait certainement pas les moyens de se faire faire des binocles approximatifs. Pour ma part, avec mon -7,5 aux deux yeux et mes traîne-misère d'ancêtres, si j'étais née à une époque moins confortable, je crains fort de n'avoir été absolument bonne à rien.

Je suis officiellement bigleuse depuis le CP, année durant laquelle j'ai reçu ma première paire de lunettes. Je m'en souviens encore : elles étaient fines, vertes et dorées, avec les lettres "ABCDE" en caractères fantaisistes à la jointure des verres, entre les deux yeux. On m'avait acheté un petit cordon assorti à passer derrière la tête pour éviter qu'elles ne se fracassent au sol à la moindre glissade de mon nez enfantin. Année après année, ma vue régressa et mes verres s'épaissirent jusqu'à ce qu'il faille les faire affiner, opération coûteuse qui trouait allègrement la mutuelle paternelle. Cela n'empêcha pas mes culs-de-bouteilles de dépasser un peu plus de ma monture chaque année. Adolescente, lassée de mon look d'intello et de lutter contre la buée qui m'aveuglait à chaque fois que, venue du froid, je montais dans un bus, je me mis aux lentilles de contact. Enfin, ma vue cessa de baisser et je pus un peu oublier, entre mes séances de lotionnage biquotidiennes, que j'étais myope comme une taupe. Mais toujours, du coucher au lever, je devais retourner à cet étrange Etat de Myopie, avec ses halos de lumière débordants et ses aplats de couleurs mélangées. Je devais jongler avec les lotions, les boiboites à lentilles, l'étui à lunettes de secours, les mains propres, les renouvellement d'ordonnances annuelles, les lentilles perdues, déchirées, contaminées, coincées sous la paupière, piquant les yeux certains matins, difficiles à enlever le soir... le réjouissant quotidien du myope.

Mais ça, c'était avant.

Au mépris du prix, je me décidai enfin à tenter l'opération des yeux au laser, ou Lasik de son petit nom. Et devinez quoi ? J'y vois ! Bon sang, j'y vois !

A tous ceux qui seraient tentés de renier leurs origines myopes et de devenir citoyen de la Netteté, je vous apporte mon témoignage. Et à tous ceux qui sont en exil au Japon, voici quelques informations précieuses.

J'ai subi l'opération de la myopie par traitement lasik à la clinique Kobe Kanagawa de Shinjuku, à Tokyo (à cinq minutes de la nishiguchi de la gare Shinjuku JR). J'ai choisi cette clinique parmi les nombreux centres lasik de la capitale car leur site internet, entièrement traduit en anglais, m'a permis d'économiser un temps de lecture précieux. De plus, un ami avait déjà fait le lasik là-bas et était très content du résultat. Par la suite, je fus ravie de constater que non seulement le site, mais toute la paperasse était également disponible en anglais aussi bien qu'en japonais, ce qui est pain-béni quand on parle de documents médicaux, techniques ou légaux. De plus, le personnel, très habitué aux patients étrangers, ne pique pas une suée de stress en voyant débarquer une blondinette et s'exprime dans un japonais courtois mais pas "confondant de politesse" - les japonisants comprendront de quoi je parle. Pour le reste, je suis bien incapable de comparer l'excellence du matériel ou le savoir-faire des chirurgiens, mais sachez que dans mon cas l'opération s'est parfaitement déroulée et qu'aucune retouche n'est envisagée. Par ailleurs, je bénéficie d'une garantie de cinq ans en cas de pépin à venir.

Il faut bien noter que si l"intervention est stupéfiante de rapidité, le suivi est primordial ; dans le prix total sont donc comprises quatre visites de contrôle : jour suivant, une semaine après, un mois après et trois mois après. En outre, des contrôles supplémentaires (toujours gratuits) sont possibles à la demande du patient. Les gouttes et autres médicaments sont gracieusement fournis pendant cinq ans.

En ce qui concerne les risques : beaucoup ont peur de perdre la vue à cause du laser, mais ce risque est infinitésimal... en cas de mégabug de la machine, ou d'équipe médicale complètement cuite, à la rigueur, mais à moins d'aller vous faire charcuter par des charlots complets, ce risque est inexistant. Le danger principal est de contracter une infection suite à l'opération; comme après toute chirurgie, des précautions sont à prendre pour éviter toute insertion de produits/poussière/bactéries jusqu'à la cicatrisation complète. Sport, maquillage etc sont à éviter pendant quelque temps. Ensuite, en cas de résultats pas immédiatement satisfaisants, il est possible qu'on doive procéder à des retouches; ce sont les examens préliminaires qui détermineront si les yeux sont capables de subir une éventuelle deuxième intervention, ou non. Dans le cas de la clinique que j'ai fréquentée, si l'oeil n'est apte qu'à recevoir une seule et unique intervention, alors le patient est carrément refusé. En effet, ce serait une agaçante perte de temps et d'argent que de se faire ainsi laserifier pour ensuite avoir toujours besoin de lunettes, vous avouerez. Autant ne pas friser le découvert bancaire pour rien.

L'odyssée de la vue retrouvée commence donc par ce rendez-vous pris par e-mail directement sur le site de la clinique, et par cette longue batterie de tests (environ deux heures) qui permettront de déterminer si vos prunelles sont opérables, et quel type de lasik vous conviendrait le mieux.

En effet, il existe plusieurs typs d'interventions et le prix varie selon leur degré de sophistication. Comme il fallait s'y attendre, votre taupinette préférée n'a pas pu s'en tenir au tarif de base car pour avoir un résultat parfait, le niveau "premium" était chaudement recommandé. J'ai donc soupiré une bonne fois et opté pour la qualité - mon compte en banque s'en remettra, et qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour ses beaux yeux!...

La façon de découper l'ouverture à la surface de l'oeil, pour faire place au rayon laser, fait aussi grandement varier les prix. La méthode traditionnelle, manuelle, effectuée grâce à une micro-lame répondant au doux nom de "kératome", est la moins chère mais aussi la plus contraignante; déjà, psychologiquement parlant... et puis la découpe manuelle est forcément moins nette, ce qui "chauffe" davantage l'oeil pendant la cicatrisation - en clair, ça fait plus mal. Les risques d'infection ou de déplacement de la petite peau soulevée sont également plus élevés. En tant que flipette assumée, j'ai préféré opter pour la méthode "tout laser" : un premier laser qui découpe le hublot par injection de toute petites bulles d'air, puis un deuxième pour corriger la vue. Nettement plus confortable psychologiquement, plus rapide, plus sûr, et moins douloureux après l'opération !

Résultat des courses : même avec la réduction grâce au "sponsoring" de mon ami ayant effectué le laser l'an passé, je me suis retrouvée avec une facture de 272 000 yen. Gloups. Mais qu'est-ce que l'argent face au bonheur d'y voir clair pour toujours (enfin, jusqu'à ce que la presbytie me rattrape) ? Et puis mes yeux, après tout, c'est ce que j'ai de mieux... Ils méritent bien que j'investisse un peu en leur faveur.

A propos de la douleur : alors franchement, vous pouvez y aller relax. L'opération en soi est complètement indolore, et même la gêne que je m'attendais à subir quand on vous "fixe" les paupières et les globes oculaires pour les maintenir en place n'était pas au rendez-vous. Moi, je n'ai vu que le produit qu'on me mettait dans les mirettes, ensuite, heu... je n'ai plus rien senti, ni vu que du flou liquide, jusqu'au joli phare orange et vert qui émettait des flashs. Les deux machines sont passées au dessus de ma tête sans que je fasse le moindre geste et une gentille infirmière m'a tenu la main tout du long pour m'éviter de stresser. Et ça n'a duré que 6 ou 7 minutes à tout casser, et encore, en comptant le dernier check d'identité à l'entrée du block et l'installation dans le fauteuil. En toute honnêteté, il y a beaucoup plus à redouter d'une épilation ou d'une visite chez le dentiste !

En me relevant du fauteuil, malgré l'effet de couleurs un peu passées (comme quand on porte des lentilles "beurrées"), j'ai tout de suite "vu" que j'y voyais clair. Je pouvais distinguer les visages du staff médical, alors qu'ils étaient flous en entrant sans lentilles ni lunettes, et je pus rentrer chez moi en train au lieu du taxi comme j'avais prévu, tellement j'y voyais correctement. En fait, j'ai trouvé les heures suivants la batterie d'examens préliminaires bien plus pénibles, car on m'avait mis des gouttes élargissant la pupille, et en ressortant sous le cagnard j'avais bien du mal a regarder devant moi tant tout me semblait éblouissant. Mais après le lasik, c'était on ne peut plus supportable de marcher dans la rue. Une fois rentrée à la maison, l'effet des liquides antidouleurs s'estompant, mes yeux se mirent à tirer un peu, et les larmes à couler toutes seules ; je me réfugiai donc dans la sieste recommandée, sans oublier de me mettre régulièrement les gouttes fournies. Dès le soir, je me sentais beaucoup plus à l'aise et ne pleurais déjà plus; seule subsistait une impression d'yeux fatigués. A la visite du lendemain, on me confirma que tout allait comme sur des roulettes. Et depuis... je n'en reviens toujours pas de constater comme une vie peut changer autant en quelques flashes !

Alors voilà : Adieux lentilles et lunettes, soucis à la plage, craintes à la piscine, verres solaires qui coûtent un bras et agenda booké de l'ophtalmologue sur six mois; j'y vois magnifiquement bien et compte bien en profiter à fond.

A tous les compatriotes franchement myopes qui commencent à en souper de la corrida des lentilles, je vous le confirme : la lasik, ça vaut le coup. Et pour les habitants de Jappyland, je peux vous sponsoriser si ça vous chante. Je dis ça, je dis rien...

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13.07.13

Vers l'infini... et au-delà

Salutations, ô mes gens! J'ai l'honneur de vous annoncer que je romprai mon exil japinion dans une semaine, le temps d'un retour aux sources dans le Saint-Royaume (aka le Val-de-Marne, pour ceux qui suivent) pour une onctueuse dizaine de jours qui s'annoncent mémorables. Je compte notamment m'accorder une retraite sororale bien méritée avec Mlle ma soeur, la Dauphine, et je risque de disparaître du monde sans plus de cérémonie. Alors en avant pour une petite Chronique Princière estivale, car je me dois à mon peuple avant tout!

C'est avec encore des larmes de rire au coin des yeux que je me permets de vous recommander chaudement l'excellentissime blog de Mlle Sonyan, que vous trouverez ici. Ses articles pas piqués des hannetons sur notre cher "what-the-f*ck-land" qu'est l'archipel nippon sont à se rouler par terre tant ils tapent juste et sont bien écrits. La demoiselle parvient à nous tenir en haleine avec des galères diverses et variées que nous avons nous-mêmes vécues depuis que nous avons échoué sur les côtes japiresques, mais avec suffisamment de talent pour que même ceux qui soient restés dans la mère patrie s'y retrouvent, j'en suis sûre. Un grand merci à elle pour le bon temps que je prends régulièrement en la lisant, et puis c'est une question de protocole : j'ai découvert qu'un de ses onglets s'intitulait "A mes fidèles sujets", ce qui sous-entend qu'elle est également une princesse déchue incognito, et je me devais de la saluer selon son rang.

Du coup, paf, hommage.

SonyaninWTFlandHé oui, pas facile d'être au Japon un "starving giant", comme l'écrivait Lafcadio Hearn, mon héros entre tous et ma constante référence... et qui fait écho au mal-être de l'héroïne de Lewis Carroll, toujours disproportionnée par rapport à son environnement, justement choisie par Sonyan comme avatar. Ce syndrôme d'Alice, qui ne l'a pas ressenti en vivant au Japon? (d'ailleurs si vous fouillez bien dans mes posts de 2010, vous tomberez sur une série de photos sur le thème de Wonderland...) Se sentir comme un géant affamé, avec ses "émotions cosmiques", dixit le même Lafcadio, dans ce pays de "Liliputiens" ?... Naviguer entre délicatesse extrême et folie furieuse ?... Cent cinquante ans après Hearn, même combat. L'amour éperdu du Japon, ça se paye, mes amis.

Dans son dernier post, Sonyan conclut en disant que le karma est un sacré farceur, doté d'un certain sens du spectacle et d'un goût immodéré pour le suspense; et que par conséquent les solutions (même les plus empoisonnées) ont la fâcheuse tendance de pointer leur museau au tout dernier moment, quand il n'y a plus d'espoir. Il faut s'accrocher à son rêve avec les dents, contre toute raison, contre toute logique... car le dénouement survient de manière totalement irrationnel, mû par notre seul volonté et certainement pas par la logique des choses. Je ne peux qu'approuver car mon propre rêve japonais a été rendu possible par des évènements complètement dingo, aux antipodes du manuel du parfait petit expat qu'on nous ressert à toutes les sauces. De toute façon, je ne sais pas pour vous, mais dans mon cas, les voies "normales" et "recommandées" ne marchent jamais. Fiasco garanti. Plus je rame, plus l'eau rentre; le bateau se retourne, je bois la tasse, je manque même de me noyer avant d'obtenir l'ombre d'un résultat probant. Alors qu'au contraire, quand je prends des risques ou relâche la bride, les choses me tombent toutes rôties dans la bouche - allez comprendre. Pourtant, stupidement, comme je suis l'exacte inverse d'une aventurière (*controle freak, bonjour*), j'ai toujours tendance à revenir timidement dans les sentiers battus en espérant que ça fonctionne, mais non, tôt ou tard je suis OBLIGEE de faire n'importe quoi et c'est là que les miracles arrivent.

Mais attention, je ne parle pas d'un n'importe quoi de pacotille, hein : je parle du GRAND n'importe quoi, celui qui donne des cernes, de la sueur et des crampes, quand même. Le n'importe quoi qui fatigue, on est d'accord.

Prendre des avis... pour les ignorer superbement

Le Japon, je suis tombée dedans avec l'arrivée de l'internet dans ma vie. Je suppose que l'adolescente complexée, peu stimulée par une vie de banlieue monotone et surtout par la médiocrité absolue de l'environnement scolaire que j'étais avait besoin d'un idéal. Longtemps, les romans et les films m'avaient servi d'échappatoire. Les chimères élaborées pour puis avec ma soeur m'avaient permis de survivre. Mais j'avais seize ans, je titillais l'âge adulte et il me fallait un idéal "un peu plus concrêt", si je puis dire. J'entendis un jour la chanson de générique de fin d'un anime passant à la télévision et la beauté de la langue japonaise me pourfendit. Je me jetai sur notre nouvelle connexion internet pour en savoir plus et je découvris un univers fantastique, mais bien réel, qui cumulait tous les plus fabuleux trésors : bambous, kimonos de soie, lanternes en papier, paille de riz, sabres et codes d'honneur, peluches et rose bonbon, perfection des gestes, éloge de l'ombre, érables rouge rubis, summum de la modernité et indéracinables archaïsmes. Moi qui m'étais toujours sentie comme une étrangère, je ressentie finalement le plaisir d'en être une; j'avais tout un monde à découvrir et cela était grisant.

Le Japon devint mon nouveau cap. La seule vraie destination. Pourtant, je remis à plus tard le projet de m'y rendre, intimidée par le coût du séjour, et accaparée par mes études littéraires en classe prépa, dont les exigences (enfin) comblèrent pour un temps ma fringale intellectuelle et sensorielle. Il fallut un second échec au concours de Normale Sup' pour que je me décide à finalement prendre mes désirs en main et à faire mon chemin jusqu'au Japon. A cette époque, j'intégrai une grande école de communication, et commençai à prendre des cours du soir de japonais, bien consciente de l'importance de maîtriser le japonais pour avoir la moindre chance de m'y installer un tant soit peu durablement. Puis je visitai enfin le Kanto en touriste avec ma flèche de frangine et ce voyage ne fit que redoubler ma motivation. Beaucoup de gens autour de moi étaient persuadés que j'allais revenir du Japon déçue, ou du moins calmée, mais bien au contraire. Il n'y avait donc plus qu'à trouver le moyen de travailler au Japon sitôt mon diplôme (français) en poche, car malgré mon royal pédigré - et croyez bien que je le regrette infiniement - figurez-vous que moi aussi je dois travailler pour croûter.

J'avais lu et subodoré suffisamment de choses sur le marché du travail Japon pour savoir que ce serait loin d'être simple. N'étant pas sortie d'une université japonaise, je ne pouvais en aucun cas prétendre à une version "internationale" du recrutement classique des nouveaux diplômés, et de toute manière, ledit recrutement exigeait qu'on soit sur place et disponible pour les myriades d'entretiens exigés. J'étais hors du système, occupée à bouclée mon Master en France et pas assez riche pour vivre sans salaire le temps d'une hasardeuse recherche d'emploi. Quant au recrutement par cabinets spécialisés, que ce soit pour le compte d'entreprises locales ou étrangères, le problème était le même : n'étant pas versée dans les sacro-saintes sciences de l'informatique et de la finance, mon profil généraliste n'allait pas convaincre à moins d'une expérience longue comme le bras. En effet, les candidats recherchés devaient avoir une connaissance solide de l'industrie concernée, et je n'allais impressionner personne avec mes stages et mes jobs étudiants. Néanmoins, décidée à jouer toutes mes cartes chances, je fis de mon mieux pour essayer de me bâtir un réseau, jeu auquel je suis une nullité absolue car je n'ai pas le profil, ou l'attitude, qui attire les gens "in". Entendons-nous bien : je m'attire constamment des gens passionants, j'ai des amis et des connaissances absolument formidables, mais par extraordinaire ce ne sont jamais des requins de la finance ou des well-connected people. Moi, j'ai le feeling avec les gens cool, qui sont bien souvent aussi largués que moi sur le plan de la carrière, et qui accomplissent des choses miraculeuses par eux mêmes, à la force de leurs petits doigts : des aventuriers, des poètes, des idéalistes, des visionnaires... voilà les gens qui généralement, m'aiment bien. En revanche, je suis le plus souvent cordialement méprisée par les winners de la modern society : les gens qui bossent là où il y a du fric, et donc un minimum d'emploi. Pour résumer, j'ai cette faculté à développer un super réseau de gens beaux rayonnants, et totalement inutiles sur le plan du piston. Que ce soit bien clair : je n'échangerai mes inspirants amis contre rien au monde, et surtout pas contre un insupportable nuage d'expats ou de de fashionistas imbus d'eux-mêmes et rayant le parquet de leurs incisives. Mais à l'époque, j'étais jeune, et j'essayais encore de faire comme on dit dans les livres du parfait petit Rastignac.

Je tentai donc vainement de me faire un réseau en approchant par amis d'amis interposés des personnes bien placées dans les branches japonaises de certaines grandes entreprises françaises, histoire de voir si je pouvais placer un petit CV. Le profil type du mec-ayant-réussi-sa-carrière-au-Japon était le suivant : homme (bien sûr), d'une quarantaine d'année, issu d'une grande école ou d'un programme scientifique prestigieux, marié avec une japonaise et rentrant à Noël passer des vacances parisiennes avec sa petite famille. J'en rencontrai une bonne brochette et tous me tinrent à peu près ce langage :

Il était absolument inutile pour moi de partir au Japon en l'état actuel des choses, à moins d'accepter de vivre d'heures de cours de français éparses et de petits boulots, étranglée par un loyer forcément exorbitant même pour un clapier à lapins, et cela le temps d'un visa vacances-travail qui ne ferait pas long feu. Et même si j'étais prête à affronter la précarité pour réaliser mon rêve nippon, ils ne me le conseillaient pas, car le retour en France serait alors bien dur avec ce CV incohérent. Non, ce qu'il fallait faire, c'était comme eux : se faire embaucher par une grande entreprise française bien implantée au Japon, y mener ma carrière pendant une bonne dizaine d'années, monter en grade jusqu'à un poste de représentation et finalement me faire envoyer au Japon en tant qu'expat. En attendant, je pourrais toujours y aller pour les vacances et peaufiner mon japonais. Voilà la seule voie qui s'offrait à moi.

Je reçus ce discours maintes fois en me retenant de ne pas planter ma fourchette à dessert dans l'oeil de mon interlocuteur. Pourquoi tant de haine ? Hé bien d'abord, parce que c'est bien une réponse de mec, tiens. Désolée de sortir ma banderole, mais il y a quelque chose d'odieux dans le fait de s'imaginer que naturellement, à 35 ans, on sera en mesure de déplacer son couple voire sa progéniture à l'autre bout du monde et que tout le monde sera ravi et enthousiaste. Naturellement, je ne dis pas que c'est impossible pour une femme d'initier un tel mouvement familial, et un grand bravo aux championnes qui y parviennent, mais disons que ça tombe beaucoup moins sous le sens quand on porte la jupe. Mais cela encore ce n'est rien : le plus aberrant, c'est qu'il y ait encore des gens en ce monde qui s'imaginent qu'on entre comme ça dans une grande entreprise française et qu'on peut très bien y planifier une longue carrière... Ouvrent-ils le journal de temps en temps ? Les chiffres du chômage, ça leur dit quelque chose ? La mort du CDI, la course de fin de CDD, sont-ce des concepts dont on parle si peu que ça ne soit jamais parvenu à leurs oreilles ? On croit rêver, vous en conviendrez ! Et puis cette condescendance à ne parler que de leur propre vision des choses, sans essayer une seconde de se demander en quoi ils pourraient éventuellement vous être utiles. Croyez-le ou non, mais pas un seul de ces beaux messieurs ne m'a jamais proposé ne serait-ce que de prendre mon CV, au cas où. Et moi je n'ai pas insisté, comprenant que nous ne serions jamais faits du même bois et que ma vérité était ailleurs. Car moi, j'avais bien l'intention d'aller voir le monde précisément maintenant, alors que j'étais jeune, libre et sans autre responsabilité que de m'occuper de moi-même - et tant pis la cohérence de mon CV. De toute façon, si les beaux CV garantissaient un bon job de nos jours, ça se saurait.

J'ai donc décidé de n'en faire qu'à ma tête, pour changer.

Je m'inscrivis à tous les programmes possibles et imaginables qui ouvraient des portes sur le Japon ; toutes les bourses, toutes les fondations, toutes les associations. J'envisageai de partir en tant que monitrice de séjours linguistiques, qu'étudiante-chercheuse, que jeune fille au pair. Je montai des dossiers divers et variés, contactai le Rotary Club, candidatai à la bourse LVMH bref, me débattis dans la semoule comme un beau diable. La plupart des  programmes auxquels je postulais trouvèrent de meilleurs candidats, mais je connus tout de même certains succès, notamment en étant sélectionnée pour représenter la France lors du "Study Tour in Japan for European Youth" financé par le Ministère des Affaires Etrangères japonais : presque deux semaines à naviguer entre Tokyo, Kyoto et Hiroshima avec des concitoyens européens, tous avides de découvrir l'archipel, à visiter des entreprises, à participer à une cérémonie du thé, à tenter l'ikebana, à s'itinier aux percussions taiko, à se prélasser au onsen, à passer du temps dans une famille d'accueil, à voir, goûter et sentir toutes les merveilles locales - et cela, tous frais payés, si si.

(Par ailleurs, je dois ici préciser que cet idyllique séjour tombant pendant l'année scolaire, il m'avait fallu négocier mon absence avec la plus haute autorité de mon école, car ce genre de désertion en première année de Master était punie de châtiment suprême ; je dus donc défendre ardemment l'honneur qui m'était fait d'avoir été retenue pour ce programme, et on finit par m'accorder une permission exceptionnelle, de justesse, uniquement par la grâce du soutien ardent d'un de mes professeurs (qu'il me soit permis ici de le saluer bien bas) qui était devenu fan d'une nouvelle que j'avais écrite l'an précédent, dans le cadre d'un concours interne - comme quoi, n'y croyez jamais quand on vous dit que la littérature, de nos jours, ça ne mène nulle part : FAUX, comme dirait Norman!! Veuillez me croire, la littérature mène très loin, et même jusqu'au Japon ! Car ce Study Tour ne fut pas seulement l'occasion d'un séjour mirifique; il fut aussi l'insoupçonné tremplin vers mon installation à long terme...)

Têtue comme une mule, telle est ma devise

Presque un an après le Study Tour, je galèrai sévèrement avec mes châteaux au Japon. Je venais de finir un stage chez Sony France, où malheureusement les passerelles s'étaient révélées totalement inexistantes avec le siège nippon, tant la structure du groupe est verrouillée par région; et je me retrouvai donc au point mort. Une piste chez Bosch Japan venait de se refermer sur moi après plusieurs semaines de procédure stressante et j'avais le moral en berne. D'ici quelques mois s'achèverait ma dernière année de Master et il faudrait bien trouver de quoi se substanter, mes parents n'ayant pas une vocation de vache à lait ad vitam eternam. J'étais plutôt mal barrée.

C'est à ce moment critique qu'un e-mail me parvint d'un des participants au fameux Study Tour, nous informant que la Commission Européenne organisait une formation professionnelle de haut vol permettant aux entreprises nourrissants des projets pour le Japon de former un de leurs salariés afin d'un faire un spécialiste de ce marché ô combien particulier et difficile d'accès. Une bourse de 2000 euros par mois serait attribuée aux heureux élus pendant un an, dont neuf mois au Japon, à bosser dur le japonais des affaires et à s'initier à tous les aspects de la vie économique locale : systèmes de production, distribution, marketing, finance, etc. Le tout dans une prestigieuse université du doux nom de Waseda (cela fera sourire les fans de Sonyan, mais si, cette fac sert vraiment à quelque chose je vous assure), avec des Européens sympathiques (encore, décidément) et des intervenants de tous horizons qui nous raconteraient par le menu leurs galères au Japon. Sans compter que ce programme ne durait en soi qu'un an (ce qui n'est déjà pas mal) mais que le visa obtenu par son biais était un magnifique visa de travail de trois ans, soit le Graal pour bien des japophiles, car beaucoup d'entreprises exigent une permission de travail de leurs jeunes recrues, plutôt que de se fatiguer à les sponsoriser. Cela m'ouvrait des horizons considérables. Que demande le peuple.

Autant dire que ce programme était fait pour moi. Naturellement, comme tout pain béni a son revers de médaille, on était jeudi soir et la deadline pour envoyer son copieux dossier de candidature à la chambre de Commerce et d'Industrie de Paris faisant le lien avec Bruxelles était fixée au lundi midi. Au cas où vous demanderiez par quel étrange miracle une chasseuse de bon plans japonais comme moi pouvait ignorer l'existence d'un tel programme, je vous dirai : je suis bien d'accord avec vous, c'est proprement hallucinant. Le degré moins cinquante de la communication. Je ne vais pas casser du sucre sur le dos d'une institution à qui je dois tant mais tout de même, quand on fournit généreusement des opportunités pareilles, pourquoi ne pas le faire massivement savoir?... Je reste perplexe. En tout cas, je n'avais pas de temps à perdre (en plus, c'était vendredi et j'avais cours. Hé oui.) : je contactais immédiatement mon ancien maître de stage, un consultant expert en amélioration de la productivité grâce à diverses méthodes japonaises connues sous le nom de Kaizen, "l'amélioration continue". Je continuais à travailler ponctuellement pour lui selon les besoins de sa boîte, ce qui me permettait de m'octroyer le pompeux titre de "free-lance". Je lui expliquai la situation et il comprit immédiatement l'enjeu, m'assurant de son soutien plein et entier. C'est ainsi que je me retrouvai subitement en charge du développement des partenariats au Japon - il n'y avait plus qu'à rendre le tout cohérent et excitant pour le dossier. Mais broder, ça pas de problème : je sais faire.

(J'ouvre une autre parenthèse car je pense que c'est important pour le eye-of-the-tiger-spirit : ce premier stage dans un tout petit cabinet de consulting, on me l'avait déconseillé. Le marché du travail étant bien rude, les communiquants de tout poil ont plutôt intérêt, paraît-il, à se construire le plus tôt possible des CVs en béton armé, avec des noms d'employeurs qui flashent, soit chez la marque de prestige soit chez de grandes enseignes de la communication. Mais je n'avais rien trouvé parmi les boîtes japonaises ou japonaisantes un tant soit peu connues à ce stade, et le seul stage un peu en rapport avec le Japon, parce qu'on y parlait Kaizen, Toyota et Valeo, c'était chez ce consultant qui construisait vaillamment sa marque. Alors encore une fois, certes, directement, ce stage ne m'a pas apporté grand-chose... ce n'est pas la ligne la plus fulgurante sur mon CV. Mais indirectement, hé bien, je luis dois quasiment la vie. Comme quoi, l'entêtement, ça paye.)

Je vous passe les détails sur la façon folklorique dont j'ai passé mon week-end, à monter tout un projet de développement business au Japon pour une micro-boîte de services justement made-in-Japan, en consultant "le business plan pour les nuls" sur le web pour réaliser mes premières projections comptables - oui parce qu'en communication, on apprend à bien dépenser l'argent mais trop comment le gagner, voyez-vous. Et puis des essais de motivation, et puis des tests de japonais. Mes parents ne m'ont pas vue du week-end, et quand il entrouvraient la porte, ils tombaient sur une créature hâve et frénatique noyée sous sa première balance des paiements.

Malgré le côté MacGyver de l'opération, j'ai dû plutôt bien tirer mon épingle du jeu car j'ai été recontactée pour préciser certains points de mon business plan, puis mon dossier de candidature a été validée et j'ai été reçue en entretien à Bruxelles pour la deuxième étape. Dans le beau bâtiment rond serti de drapeaux que l'on voit à la télévision quand on se plaint de l'Europe, vous savez. Après des "tersts de personnalités" informatisés assez déconcertants - les résultats n'ayant jamais été communiqués, je suis bien incapable de vous dire si j'y ai brillé ou pas - je fus donc conviée à défendre mon bout de steak devant un jury de six personnes : deux fonctionnaires européens en charge du programme, deux membres de Science-Po Paris qui chapeautait le module européen avant la formation au Japon, et deux Japonais mandatés par Waseda. Il était clair, au vue des individus qui faisaient le pied de grue dans la salle d'attente, que je faisais partie des candidats les plus jeunes et les plus inexpérimentés, et ma seule chance de décrocher une place était de tout miser sur ma grande motivation. Aussi, bien que mon japonais d'alors était bien en dessous de ce qu'il faut maîtriser pour assurer un minimum lors d'un entretien,à la japonaise, je proposais d'emblée, à peine assise, de m'exprimer dans la langue. Je dois dire que je n'avais pas vraiment planifié d'y aller comme ça, au culot; l'entretien était censé se dérouler en anglais et d'ailleurs, les cours de langue intensifs étant précisément là pour nous mettre au niveau, les compétences en japonais n'étaient pas vraiment décisives. Mais en l'occurence, mon instinct de survie (de compète, il faut bien l'avouer) m'enjoignait d'agiter le chiffon rouge pour empêcher que la discussion prenne une voie peu en ma faveur, c'est à dire dans la direction de l'expérience professionnelle et de la cohérence du CV. Je pris donc mon courage à deux mains et m'engageai laborieusement dans la discussion. Les deux wasediens, en bons Japonais, subirent patiemment mon broken Japanese et me questionnèrent avec douceur; par conséquent, le reste de la tablée, pas très versés dans la langue de mishima, eurent l'impression que je parlais vraiment couramment la langue et je fus ramenée à l'anglais dix minutes plus tard par une phrase légèrement vexée, mais qui prouvait que j'avais fait mouche : "Si ça ne vous dérange pas, comme on n'est pas tous bilingues en japoanis ici, on va repasser à l'anglais...".

Bingo. Tout le monde en oublia mes jeunes années et mon projet farfelu; il ne fut plus question que de moi, de mon étude du japonais et de ma motivation. Quelques semaines plus tard, je reçus la jolie lettre m'annonçant que j'avais été prise. Ce programme me permit d'obtenir un visa, d'assurer ma susbsistance pendant un an tout en bossant à fond mon japonais, et d'être sur le terrain pour trouver un job une fois fini. C'est grâce à lui que j'ai pu réaliser mon rêve et mener une vie proche de ce que j'avais imaginé depuis les profondeurs de ma banlieue natale. Alors oui, il faut s'accrocher férocement à ses ambitions, et se débattre jusqu'à la dernière seconde et là encore, trouver le moyen de se débattre encore, car les horizons s'éclaircissent de manière inattendue. Il n'est jamais vain de se donner du mal.

Et quand il est question du Japon, de toute façon on n'a pas bien le choix...

Bon courage et grandes tapes dans le dos à tous les mordus de Jappyland, qui ne reculeront devant rien pour faire leur trou, ni les kanji en pagaille, ni le japocentrisme aïgu, ni le foutage de gueule ordinaire, ni les douches froides sous couvert de courbettes; soyez vaillants, ne décrochez pas, et surtout n'en faites jamais qu'à votre tête. Conseil d'amie.

 

 

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24.06.13

La Déception Culturelle Française

L’Exception La Déception Culturelle Française

 

Fidèle sujets, je dois vous faire part de l'horrible vérité. J'ai failli à ma mission. je vous ai déshonorés. Il est temps de faire face à la dure réalité : je suis une déception permanente pour le peuple nippon.

Je crois bien que de tous les pays du monde, la France est celui dont les Japonais ont globalement l’idée la plus faussement précise, la plus savamment erronée. Il faut dire que le Nippon moyen manifeste une forte tendance à se complaire dans les généralités ethnico-culturelles, et il en résulte un amour alarmant des stéréotypes nationaux ; aussi, une Française digne de ce nom doit aimer la mode, avoir un brevet d’œnologie, citer Sartre dans le texte, passer son temps en vacances à peindre des vues de la Seine en fredonnant des airs de Piaf et manger exclusivement des sucreries. J’exagère à peine. Il est bien connu que la France est un pays de cocagne où le foie-gras pousse sur les arbres et où les autochtones ne se posent en aucun cas la question de la survie ; voilà pourquoi nous autres, créatures hexagonales, travaillons très peu – et encore, on travaille à coudre des robes du soir, jouer de l’accordéon et confectionner des gâteaux. Les gens qui vivent au pays de la Belle au Bois Dormant n’ont pas besoin d’ingénieurs, de dentistes ou de techniciens de surface. Tout cela est admirable. Vive le pays des vacances éternelles où on ne fait qu’assortir ses ballerines à son chapeau et parler peinture et philosophie. L’Art de vivre à la française, quoi.

Seulement voilà : malheureusement, la réalité est bien en dessous de la promesse marketing. Ils attendaient Chanel et Zidane, et voilà que je ne m’intéresse ni à la haute-couture, ni au foot. Ils voulaient une spécialiste es vins et fromageologie, et ils se retrouvent avec une petite capricieuse qui roule en tout et pour tout sur deux blancs et cinq fromages, ignorant superbement le reste de la carte. Imaginez leur désarroi.

Je ne compte plus les moments où j’ai vu la paupière de mon interlocuteur japonais s’affaisser de dépit, et se dessiner sur ses lèvres une petite moue dubitative et insatisfaite.

Pardon, mais non, vraiment, je ne bois pas de café. Non, jamais. En fait, je préfère le thé. Je prendrai un thé japonais, oui. Si, si, je vous assure. Non, c’est promis, ce n’est pas pour vous faire plaisir, c’est vraiment ce que j’ai envie de boire. Oui, je sais, c’est bizarre pour une Française.

Je suis vraiment confuse, mais j’ignore complètement, même à la dizaine, même à la centaine près, combien d’œuvres renferme le Musée du Louvre. Cela dit, je peux regarder sur Google de suite, hein. Si, j’y suis déjà allée, bien sûr. Une fois avec l’école, une fois avec mes parents, une fois parce que la nocturne était gratuite pour les étudiants, une fois pour accompagner un ami japonais… Non, non, je n’y suis pas tous les week-ends. Hé bien parce que j’ai autre chose à faire, ma foi. Si si, j’aime bien les musées, mais pas au point d’y passer vie, vous comprenez. Bon, si vous voulez, c’est peut-être bizarre pour une Française.

Je serais bien en peine de vous dire le prix moyen d’un sac Vuitton à Paris, car je n’ai jamais mis les pieds dans leur boutique. Non, je ne possède aucun article Vuitton. Ni Dior. Ni Chanel. Ni Hermes. Bah, vous savez, ce n’est pas donné-donné, hein. Ce que je porte aujourd’hui ? Vous allez rire, ça vient de chez Uniqlo. Oui, j’achète souvent chez eux. Mais parce que c’est plus dans mon budget, c’est tout. Attendez, bien sûr, mais on ne peut pas comparer, ce n’est pas comme si j’avais le choix entre les deux. Ce sac ? Il m’a coûté trois mille yen. D’accord, si vous y tenez : c’est quand même un peu bizarre pour une Française.

Je vais prendre le wa-shoku, s’il vous plaît. Non, le repas européen ne me dit rien. Si si, j’adore le pain bien évidemment, mais en l’occurrence, le repas japonais me semble meilleur. Non, mais là j’ai seulement envie de manger japonais, voilà c’est tout. Bon, et bien puisque vous insistez : le menu soi-disant occidental que vous avez commandé, il a l’air tout pourri. La portion de viande est microscopique, le maïs flashe tellement qu’il en fait mal aux yeux, le pain est industriel, et pour l’amour du ciel, une génoise couronnée de crème de mauvaise qualité ne constitue pas une pâtisserie. Vous êtes content maintenant, de savoir que vous vous êtes fait rouler ? Je peux savourer ma soupe miso tranquillement ? Oui, c’est ça, je suis très très trrrrès bizarre pour une Française !!

 

Il est clair que je ne suis pas à la hauteur de la situation.

 

Je suis une Française qui commande sur Rakuten, qui bois plus de ume-shu que de vin et qui, bizarrerie suprême, porte un prénom constitué de trois syllabes parfaitement prononçables par le contingent local, et qui a même l’audace de se terminer par le fameux « mi » de la beauté, ponctuant un bon tiers des prénoms de filles japonais. On m’a même demandé à plusieurs reprises si j’avais adopté ce prénom en venant au Japon. Alors que je m’acharnais à répondre que non, il s’agit bien d’un prénom classique français pour le coup, on m’a rétorqué que décidemment, j’étais une Française très, très, très… bizarre. Allez comprendre.

Même les plus sombres des clichés sur les Français  ravissent les Japonais : prétendez que vous haïssez les Américains (tous les Américains !), et vous récolterez de chaleureux regards de connivence. Clamez votre sentiment de supériorité par rapport aux Britanniques, et vous ferez naître des sourires compréhensifs. Brandissez votre individualisme forcené, et on vous inondera d’indulgence bienveillante. Tout est bon du moment que vous ferez les fleurir les naruhodo, les yappari et autres exclamations déclinant l’éventail du « je le savais » triomphant.

Je ne sais pas, peut-être que ça les rassure, lorsque tout le monde colle sagement à sa petite étiquette.

 

Le syndrome Mont-blanc

Si les stéréotypes ont la peau dure dans l’archipel, c’est bien moins en raison de ce que nous autres Occidentaux appellerions du racisme que du fait de cette incroyable faculté des Japonais à faire des généralités sur le monde extérieur. Si un soir, ils trinquent avec des Chinois, ils rentreront chez eux le cœur rempli d’amour pour ce peuple voisin si sympathique, et passeront le reste de la journée sur Youtube à visionner des cours de mandarin pour débutants. Si dans la même journée, les informations laissent entrevoir des manifestations antijaponaises à Pékin, alors ils partiront se coucher en maudissant ce peuple fourbe et cruel qui menace leur cher archipel. Ainsi, il suffit d’un seul impair pour que l’image de votre pays et de votre peuple se dégrade instantanément aux yeux du témoin de votre bêtise. En un mot, ce n’est pas la relativisation qui les étouffe.

En fait, ce que croient savoir les Japonais à propos des Français ressemblent au fameux gâteau « Mont-blanc », qui pullule dans les vitrines des cake-shop franchouillards de Tokyo. Attention, rien à voir avec la douceur antillaise à la noix de coco du même nom. Au Japon, le Mont-blanc est une gourmandise ultra-sucrée, constituée d’une meringue couverte de vermicelles à la crème de marron et saupoudrée de sucre glace. Il est fort possible que la recette soit née en France, où nous faisons en effet de l’excellente crème de marron ; mais disons que ce n’est pas LE dessert incontournable d’une pâtisserie française lambda. Je ne dis pas qu’on n’en trouve nulle part, mais dans ma banlieue, les pâtisseries proposent des Opéras, des tartelettes aux fraises, des flans divers et variés, des Paris-brest, des éclairs et des religieuses, des tartes au citron meringuées, des Saint-honoré, et plein d’autres délices dont j’oublie les noms, mais pas forcément de Mont-blanc. Le Mont-blanc, c’est vraiment le gâteau au look frenchy qui fait plaisir à la cliente japonaise, mais on ne peut pas dire qu’il soit l’étendard de la pâtisserie bien de chez nous. Et pourtant, érigé par les Nippons comme fleuron de l’art du sucré à la française, ils sont persuadés qu’on s’en colle un au palais tous les deux jours. Alors qu’ils en mangent infiniment plus que nous. Paradoxe, j’écris ton nom.

Grâce au ciel, la communauté française du Japon parvient tout de même à satisfaire les exigences nippones en matière de décorum, en organisant régulièrement des évènements dignes d’un dépliant du manuel du bon petit Français, avec son béret et sa baguette en couverture. Fête du 14 juillet, célébration du Beaujolais nouveau, buffet de Noël : comptez sur nous pour prouver aux Francophiles les plus extrémistes que nous aussi, nous savons donner dans le cliché. On n’y sert pas de Mont-blanc parce que tout de même, ce serait mentir, mais on y va fort sur les bulles et les petits-fours. Tout ça pour rire sous cape quand nos invités japonais, enfin comblés par la débauche de produits du terroir et de nœuds papillons, s’exclament avec satisfaction : « Ces Français, alors… sans leur vin, leur pain et leur machin, ils sont tout perdus, hein… ».

 

Conséquence étonnante de l’effet papillon

Si d’aventure un jour les Français devenaient sobres

Une grande clameur s’élèverait du Japon

Plongeant nos bonnes résolutions dans l’opprobre.

 

 

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17.05.12

Saveur d'ici

Kuromitsu & macha ice-cream... French crepe !!

sav

Restaurant Le Bretagne - Kagurazaka

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13.01.12

Dans la famille "Gouvernement", je voudrais...

Alors en tant que princesse, n'est-ce pas, je suis habituée à cotoyer les plus grands. Et accessoirement des membres du gouvernement. Bon, normalement je ne devrais pas leur accorder si facilement de prendre des photos à mes côtés, mais bon... Je n'ai jamais su résister à mes admirateurs transis, hu hu hu. C'est beau de faire le bonheur de quelqu'un.

Ce soir, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé était à la Résidence de France, Tokyo, pour faire un petit coucou à ses chers compatriotes et nous dire de ne pas désespérer. C'est la crise, mais on va survivre.

 juppe 4

juppe 3

Eeeeet une incruste de toute beauté, ni vue ni connue... oh la belle prise

juppe 1

Who's next ???

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